‹ uvres de Jean RotrouChapitre 43 sur 422 · ACTE IV, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IV

CLAIUNDE.

Comment se contenir en voyant ces merveilles? Qu'il sait bien décevoir ses yeux et ses oreilles !

ALIASTE.

En la mauvaise humeur qui me tient en ce point, Mon plus puissant sujet est de n'en avoir point. L'excès de ma tristesse en ce point seul consiste De ne savoir comment ni pourquoi je suis triste.

ORONTE

La moindre compagnie en t' abordant te nuit: Tu l'aimerais le jour si tu l'avais la nuit. Ah! je sais trop l'humeur oii ton âge te porte; Ta mère en mêmes ans vivait de même sorte.

CLARINDE.

Là, là, c'est trop causé, discoureur; dépêchez, Et ne découvrez point ici nos vieux péchés.

Ne crois pas qu'en ce point le monde te méprise ;

Ta faiblesse l'excuse , et le ciel l'autorise :

Et moi, qui dois surtout veiller à ton repos,

Je n'ai pas sans sujet avancé ce propos.

J'ai vu certains mignons, que ton œil seul anime;

Si tu dis qui d'eux tous a gagné ton estime...,

CLARITfDE.

A qui donc pensez-vous ces discours adresser?

ORONTE

Vous les tenir jadis, c'était bien vous blesser; Possible votre humeur fut plus froide qu'une autre; Et pourquoi n'aurait-elle un cœur comme le vôtre ?

Vraiment ce front de feu dût être plus secret : Ne pouvant plus d'amour, il rougit de regret,

CLARINDE.

La flamme avec la neige en ce front ne s'allie Que par le souvenir de ta jeune folie : Je m'imagine encor te voir, à mes genoux , Suivre les vifs accès de ton esprit jaloux; Cueillir sans mon aveu mille faveurs secrètes ; Porter dessus mon sein tes lèvres indiscrètes, Et, pour autoriser tes folâtres humeurs, D'un accent triste et bas, dire encore:. Je meurs. Ainsi mon front rougit de tes fautes passées.

Que vous trouvez encor d'appas en ces pensées ! Et qu'on verrait durer ces innocens plaisirs, Si le temps recevait la règle des désirs ; S'il n'était absolu sur les choses humaines. Et s'il laissait toujours souffrir ces douces peines. Encore, en cet état et froid et languissant , Quel bonheur de nous voir ce surgeon fleurissant Sur qui le ciel répand sa plus douce influence , Et par qui notre vie en finissant commence ; Qui doit mettre ma joie aussi haut que mes vœux, Et conserver nos jours en ceux de nos neveux. Donc, ma fllle, ôte ici le voile de la crainte. Et confesse pour qui ta belle âme est atteinte.

ALIASTE.

Mon œil ne fît jamais ni souhaita d'amant ; Et j'aspire à l'amour des filles seulement.

ORONTE

Je crois que, te voyant à ce point condamnée, Alors tu serais moins honteuse qu'étonnée :

Page 1