‹ uvres de Jean RotrouChapitre 44 sur 422 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

Que, si d'autres objets ne charmaient tes ennuis , On te verrait réduite à de fâcheuses nuits.

CLARIIVDE.

Que l'un est abusé, que l'autre sait bien feindre!

Ah! le doux passe-temps! dieux! comment se contraindre?

ORONTE

Enfin, c'est m'ennuyer en ce respect honteux: Qu'on se montre plus nue à mon esprit douteux, Et que j'apprenne ici le sujet de tes flammes.

ALIASTE.

Une jeune beauté, le miracle des dames, Et dont le moindre appas force les libertés. Tient parmi ses attraits mes esprits enchantés,

ORONTE

Je crois que depuis peu quelque démon contraire Prive de jugement et la fille et la mère.

CLARIFDE.

Sus, voyez qui pourrait se contraindre en ce point; Si la mélancolie ici ne rirait point.

Qu'aisément un habit a déçu votre vue!

Et louez avez nous cette fourbe imprévue.

ALIASTE.

Voyez que nous savons par des moyens aisés. Tromper subtilement l'œil des plus avisés.

ORONTE

Aliaste, est-ce vous? Dieux! cette ressemblance Me charme , et tient encor mon esprit en balance. Ma fille a même poil, mêmes yeux, même teint: L'agréable ti^ansport dont je me sens atteint!

Qu'en ce déguisement mon esprit se récrée , Et que le souvenir de mon erreur m'agrée !

ALIASTE.

L'heur de vous réjouir me rend le plus content : Perside cependant chez ma mère m'attend; Et je ne suis déjà que trop long, ce me semble. Nos vêtemens repris, nous revenons ensemble.

ORONTE , s'en allant.

Allez, mon cher parent, tout vieil que je me sens, Je trouve du plaisir en ces jeux innocens.

ALIASTE, seul. Ah ! que, si tu savais quel sujet nous y porte , Ce jeu ne t'aurait pas agréé de la sorte : Un pareil passe-temps n'eût pas été si doux! Sous mes habits, Perside, attend au rendez-vous. Amour, guide nos pas, et fais que ce voyage Soit la fin de nos maux, ou celle de notre âge.

FIN DU QUATRIÈME ACTE

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