‹ uvres de Jean RotrouChapitre 5 sur 422 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

La contrainte m'oblige à vous parler en termes Qui pourroient émouvoir les âmes les plus fermes , Si jamais ici bas on a vu la pitié Favoriser l'ardeur d'une sainte amitié.

PERSIDE

A-t-on cru que nos cœurs se donnent la licence De faire des souhaits qui choquent l'innocence? Nous peut-on reprocher qu'en nos plus doux plaisirs La même honnêteté n'ait réglé nos désirs? Reprend -on mon honneur de trop de confiance? C'est trop laisser la crainte avec l'impatience.

CLORIDAPf.

L'innocence avoûroit à vos chastes beautés Qu'elle a vu sans rougir toutes nos privautés, Qu'elle trouve en nos cœurs la vertu toute nue , Et que pour tant d'amour j'ai trop de retenue. Aussi, dans le sujet de cette affliction, Rien n'offense l'éclat de notre passion, Et je crois qu'une ardeur si saintement conçue Ne peut sentir l'effort d'une mauvaise issue : Mais on oppose encore à ce contentement. Dieux! puis -je proférer le mot d'éloignement?

PERSIDE

Ah, dieux! toujours portés aux desseins de nos peines,

Que vous êtes jaloux des voluptés humaines !

Qu'on prise vos faveurs avec peu de raison,

Et que vous y mêlez d'absinthe et de poison!

Mais qu'ils trouvent , hélas ! mes plaintes importunes ,

Ai-je pas dû prévoir de telles infortunes,

Et que, joignant nos cœurs par des liens si forts,

lis avoient résolu de séparer nos corps?

lo L'HYPOCONDRIAQUE,

CLOllIDAW.

Modérez ces transports; des tourmens si sensibles Sont des sujets de gloire à nos feux invincibles : La cour ne peut dresser d'embûche à mon devoir , Qui vous ôte les droits d'un souverain pouvoir. Si jamais un courage usa de résistance Contre les doux assauts qui choquent la constance ; Et, si la terre encore a quelques habitans Qui puissent triompher de la force du temps; Je veux que mon amour propose à la mémoire Un exemple éternel de respect et de gloire ; Et qu'aux siècles futurs les plus heureux amans, Jaloux de mes honneurs, souhaitent mes tourmens.

Hélas ! si j'espérois qu'une entière licence Succédât aux rigueurs d'une si longue absence; Que le ciel, qui nous voit des mouvemens si saints, Consentît à l'effet de nos chastes desseins; Qu'hymen dût assembler nos chaînes mutuelles , Je ne sentirois point d'atteintes si cruelles : Vos désirs me feroient agréer mon malheur , Me laissant un espoir plus fort que ma douleur. Mais que cette union m'est encore incertaine , Que d'appréhensions se joignent à ma peine! Maintenant que le sort nous a pu traverser. Que ma crainte prévoit d'obstacles à forcer 1

CLORIDAN

Que la terre et le ciel, ennemis de nos flammes. Unissent leurs efforts pour désunir nos âmes; Perside, en cet adieu, mon dessein déclaré.

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