CLORIDAN, PERSIDE
CLORIDAN
Jaigoureux ennemi de mes chastes désirs,
Auteur de ma naissance et de mes déplaisirs ,
Une fois seulement tu m'as donné la vie,
Et déjà ta rigueur me l'a cent fois ravie.
Les termes dont ta voix m'exprime ton dessein
Me sont autant de traits qui me percent le sein.
Ah! si jamais ce dieu qui préside à nos âmes
T'avoit mis dans le cœur un rayon de ses flammes;
Si ta raison captive avoit jamais compris
Les droits qu'un beau visage a dessus nos esprits^
Qu'un semblable départ t'eût causé de tristesse !
Que tu serois sensible au tourment qui me blesse ! Mes pleurs te flécîiiroient, et ton affection Auroit plus d'indulgence et moins d'ambition. Que puis-je souhaiter des princes de l'empire? Le ciel a mis ici tout le bien où j'aspire ; Hors de ce rare objet peut -on voir des appas? Et la cour peut-elle être où ma reine n'est pas? Possible que ces bras auront, près des monarques, Des sujets d'étouffer l'autorité des Parques, De signaler mon nom que les objets présens Ne pourroient affranchir de l'injure des ans. Vaines impressions : triompher de Perside, C'est effacer l'éclat des victoires d'Alcide : La douceur de ses yeux nous impose des lois Qui pourroient asservir la majesté des rois. Cependant ses beautés , en ce comble de gloire , Estiment à faveur d^'avouer ma victoire : Après un peu d'effort, ses esprits languissans Partagent la douceur de mes feux innocens. Le dieu qui nous gouverne auroit vidé sa trousse Pour faire naître encore une amitié si douce ; Et, sachant que nos feux seulement sont parfaits, Ne cherche plus de gloire en ses autres effets. Fâcheux ressouvenir d'une chose si chère. S'il faut que j'obéisse aux volontés d'un père. Si mes soumissions n'ont que de vains efforts. Enfin si mon départ doit séparer nos corps: Rien ne peut divertir la sentence homicide Qui me doit aujourd'hui séparer de Perside.
( Perside entre.)
Mais, dieux! je l'aperçois; que son œil gracieux Donne un charmant éclat aux objets de ces lieux!...