ACTE V, SCENE V
Ne te sont aujourd'hui que de cruels supplices; Et je crois, pour te faire un sensible tourment, Qu'il te faut prodiguer mes faveurs seulement.
ALIASTE.
Confessant un péché, vous offensez des charmes Qu'un Dieu seroit heureux d'acheter par des larmes. C'est trop, objet sacré de mes chastes amours: Epargnez vos appas, et m'offensez toujours. Si mon cœur vous osoit reprocher ses atteintes, Son téméraire espoir condamneroit ses plaintes, Vu qu'un si bel objet a vos sens abattus, Que de si beaux péchés valent bien des vertus.
CLÉONICE
Dieux! ici ma partie entreprend ma défense! Mais cette courtoisie en m' excusant m'offense. Pourquoi diffères-tu? punis mes sens ingrats.
ALIASTE.
Je le veux , mais prenez ce supplice en mes bras | Souffrez pour châtiment qu'à souhait je repose Sur l'humide fraîcheur de ces lèvres de rose : Souffrez que je punisse encor ces belles mains , Ce sein , ce front de lis , et ces yeux inhumains Où l'Amour a trouvé tous les traits de sa trousse; Je meurs dans ces appas! que la vengeance est douce f Perside excusera ces transports innocens.
CLÉONiCE, regardant Perside.
Ah! pardonnez, madame, à mes coupables sens; Ces appas immortels que Cloridan révère, M'accusent de l'avoir estimé trop sévère ; Et me font abhorrer la perfide action
Dont j'ai voulu forcer sa belle passion: Que l'amitié succède à votre jalousie.
(Ils vont dans la cave, où est Cloridan dans un cercueil.)
Allons; et, s'il se peut, calmons sa frénésie.