LÉONOR, LÉANDRE
LÉOWOR.
jJteux! qui résisteroit à de si beaux discours? Cet arbre et ce rocher sont amoureux ou sourds, Et je crois qu'à t'ouïr ces fleurs et ces fontaines Ont quelque souvenir de leurs premières peines.
LÉAWDRE.
Dites plutôt qu'à voir vos célestes attraits ,
Elles sentent qu'amour possède encor des traits.
Cet oeillet se penchant semble vous rendre hommage.
Et n'être plus charmé de son propre visage;
Echo ne l'aime plus, et le laisse en repos.
Pour répondre , madame , à vos charmans propos ;
Jugez si j'ai trop dit, et si je me dois taire
Où même les rochers ne le peuvent pas faire.
LÉONOR
Crois-tu que rien aussi me puisse réjouir,
Et captiver mon âme à l'égal de t'ouïr?
Ton esprit te dictant de si rares merveilles ,
Lassera bien plutôt ta voix que mes oreilles.
Que puis-je désirer qui me soit si charmant
Que d'entendre les noms de maîtresse et d'amant?
Quelques foibles appas dont le ciel m'ait douée ,
Léandre, je suis fille, et veux être louée.
J'aime les mots d'attraits, de charmes, de beauté.
De liens, de soupirs, de feux , de cruauté.
J'aime à voir ton humeur en tout point me complaire ,
A t'ouïr bégayer, de peur de me déplaire;
Je me plais à te voir exprimer ton souci ,
Jeter les yeux au ciel et faire le transi.
Les fleurs n'ont point l'odeur si douce ni si forte ,
Que quand ta belle main sur mon sein les apporte.
Je ne vois point de vers dignes d'être prisés.
Si ton divin esprit ne les a composés;
Je hais le son du luth , et ne le puis entendre ,
S'il est en d'autres mains qu'en celles de Léandre ;
Moi-même, je me hais de parler si long-temps.
Puisque ta seule voix rend mes désirs contens.
LÉANDRE
Et Léandre se hait de ce que sa naissance
Lui reproche d'aimer avec tant de licence ,
Et de hausser les yeux où des rois seulement
Ont droit de s'établir tout leur contentement.
De quelque doux pinceau qu'on figure leur vie,
Jamais leur dignité ne toucha mon envie;
Et, quel que je sois né, je sais qu'un sceptre est tel,