ACTE I, SCENE I. io
Qu'il pèse infiniment en la main d'un mortel. Mais sans le soutenir, posséder une reine, Voir dessus vos désirs mon âme souveraine, Etre près d'obtenir la qualité d'époux.
C'est bien à notre hymen procurer des jaloux. Que d'esprits amoureux, que de puissans monarques. Menacent mon destin de la rigueur des Parques! Qu'ils emploîront de force à me faire quitter Un bien que leur grandeur leur fait mieux mériter 1
LÉONOR
Tu couvres, cher amant, d'une vaine contrainte
La même ambition dont mon âme est atteinte ,
Et jamais ton esprit ne s'imagineroit
Combien un diadème à ton front me plairoit.
Le sceptre m'est bien cher en la main de mon frère ,
J'aime à voir que sous lui la Sicile prospère ;
Mais il auroit pour moi des charmes bien plus doux ,
Si je le pou vois mettre en la main d'un époux.
LÉAIVDRE.
Ce bonheur sera joint aux douceurs de notre âge , Si votre affection seconde mon courage.
LÉONOR
Ah! que profiteroient ces périlleux desseins? Le ciel présente ici des obstacles trop saints. Mon frère conservé , j'avoûrois ton envie ; Mais peux-tu lui ravir le sceptre sans la vie?
LÉANDRE
Quoi qu'importe sa mort à nos jeunes amours , Toujours ma passion a respecté ses jours; Jamais d'un tel dessein ce cœur ne fut coupable , De ces extrémités Léandre est incapable.
îo4 LA BAGUE DE L'OUBLI,
Reposez-vous, madame, en la foi d'un amant; Pour voir tout réussir, aimez-moi seulement. Je connois un vieillard que le ciel n'a fait naître Que pour -vous faire reine, et pour me rendre maître, Les magiques secrets me peuvent procurer Ce bien où votre amour me permet d'aspirer. Son art aux yeux du roi peut couronner nos têtes, Et loin de nos destins détourner ses tempêtes.
LÉONOR
Oui , mon affection consent à ce dessein. Si ta flamme est égale à celle de mon sein. Bientôt par nos accords détourne l'hyménée Où, contre mon désir, le roi m'a destinée.
LÉANDRE
Rendu par cet aveu le premier des humains, Que j'égale mes vœux sur les lis de ces mains Qui m'ont si doucement la franchise ravie , Qui sous de si beaux fers ont mon âme asservie.
(Ils s'en vont.)