‹ uvres de Jean RotrouChapitre 72 sur 422 · LILIANE, DES VALETS · texte numérisé non relu

LILIANE, DES VALETS

LE DUC

Sire, usez en ce lieu de la même licence Que votre majesté s'y donne en mon absence. Je sais bien que l'amour est un enfant honteux Qui fuit ceux de mon âge et rougit devant eux ; Des secrets de ce dieu la vieillesse est bannie , Et déjà l'on me hait en cette compagnie.

io8 LA BAGUE DE L'OUBLI,

LE ROI

Vous jugerez beaucoup, mais nous savons au moins Que notre amour ne craint ni juges, ni témoins: Comme la vertu seule a nos âmes blessées, La vertu seulement gouverne nos pensées; Et Liliane vit avec tant de candeur , Qu'on ne peut l'accuser que de trop de froideur. Mais une expresse affaire au logis me rappelle, Qui m'ailoit éloigner des yeux de cette belle ; Puis je sais qu'un chasseur chérit tant le repos, Que je vous nuis beaucoup par de si longs propos.

(Il sort. ) LE DUC.

Il est vrai, j'ai couru jusqu'à perdre l'haleine, Et deux cerfs abattus sont le fruit de ma peine.

(Le roi étant sorti. )

Mais, quoi que j'aie atteint et chassé dans les bois. Je fais plus en ce lieu, car j'en chasse les rois.

( A Liliane. )

Ah ! fille sans esprit , dont l'humeur imprudente A qui ne la veut voir se rend trop évidente , N'épargnez point le fard, frisez ces beaux cheveux. Allez à ses genoux solliciter ses vœux : I! le faut appeler vos yeux, votre lumière. Et, s'il vous tend les bras, les ouvrir la première. Peignez sur mon visage un éternel affront; Ce moyen vous mettra le diadème au front.

(Elle sort. )

Ah! que depuis long-temps ton humeur sotte et vaine T'apporte peu de fruit et me coûte de peine ! Combien ma prévoyance est juste en ses soupçons, Et qu'inutilement on t'a fait des leçons !

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