QUATRE AE.CHERS
LE CAPITAIJYE.
Plus sujet de mon roi que de votre mérite , D'une charge fâcheuse à regret je m'acquitte. Pardonnez, monseigneur, le roi m'a fait hâter Avec commandement de vous faire arrêter.
LE DUC
Quel sujet a rendu ce dessein légitime ?
LE CAPITAINE
Son courroux prouve assez l'énormité du crime; Il a cru que le comte y participe aussi : C'est le triste sujet qui nous amène ici.
TAjS^CRÈDE.
Moi ? que je sois d'humeur capable de ce blâme ! Qu'un sentiment si faux puisse entrer en son âme ! Qu'étranger j'aie ici rien de tel entrepris! Je m'ignore moi-même, ou le roi s'est mépris: Je n'ai que cette belle ici qui me retienne , Et ne mérite point de prison que la sienne. Sa beauté seulement a droit de me blâmer. Quoique, si j'ai failli, c'est pour la trop aimer.
ii6 LA BAGUE DE L^OUBLI,
LE CAPITAINE, mettant l'épée à la main. Quoique a'^ous ne fussiez d'aucun forfait capable, Cette défense est vaine, et vous rendroit coupable : L'innocent ne doit point souffrir d'être contraint , Et qui n'a point failli s'accuse quand il craint. Jamais un roi si bon n'usurpa de licence Qui doive seulement étonner l'innocence:
La vérité saura sa colère amortir, Et de ses faux soupçons faire un vrai repentir.
LE DUC
Au moins que ce seigneur soit exempt de l'injure Que par vous mon devoir innocemment endure; Que je reçoive ailleurs que dans une prison Celui dont l'alliance honore ma maison.
LE COMTE
Non , puisque sans sujet ce prince nous soupçonne , C'est sans sujet aussi que notre âme s'étonne:
( A Liliane. )
Adieu, divin sujet de mon plus doux souci.
LE CAPITAINE
Vous les devez, madame, accompagner aussi.
LE DUC, tout bas à sajîlle. Seule tu mets et nous et ton estime en proie , Et nous veux décevoir par ces larmes de joie.
LILIANE
Tous me verriez le cœur et plus noble et plus sain, S'il vous étoit permis de lire dans mon sein.
LE DUC, au comte.
Puisqu'à votre repos ma honte est nécessaire , Je vous dirai-) monsieur, mon sens sur cette affaire-