SCÈNE III
ERISTHÈNE, LISIDOR.
LisiDOR, continue.
Tu sais comme une ingrate abhorre mes services ;
Que mes vœux les plus saints lui paraissent des vices ;
Qu'elle fuit mes regards, et que sa vanité
Trouve de l'injustice en ma fidélité;
Enfin ce cœur atteint de tant d'ingratitudes
A cherché du remède à ses inquiétudes;
Quelque si doux espoir que le temps puisse offrir,
On mérite son mal quand on le veut souffrir.
Tu reconnois assez que cette maladie
N'est pas de ces tourmens où le temps remédie :
Les moins judicieux ont lu dans ma douleur
Une amour qui ne cède à rien qu'à mon malheur,
Ma force diminue et ma mort est certaine ,
Si ton aide ne rend un service à ma peine.
ERISTHÈNE.
Ai-je usé quelquefois d'un refus si honteux Qu'il vous doive permettre un sentiment douteux? Ai-je, aux moindres sujets où ma foi vous convie, Manqué de préférer mon devoir à ma vie ? Déclarez seulement quelle heureuse action
i6 L'HYPOCONDRIAQUE,
Peut ajouter du lustre à mon affection; Et ne m'offensez plus par un propos qui sonde Les fidèles desseins d'une ardeur sans seconde.
LISIDOR.
La contrainte agissant contre la cruauté, On peut tout obtenir d'une ingrate beauté ; Les plaisirs amoureux qui sont dus à ma peine Autorisent la force où la douceur est vaine : Enlever Cléonice, et changer de séjour, C'est où ton amitié peut servir mon amour.
ÉRISTHÈNE.
Il n'est point de périls que ce bras ne méprise Pour conduire à l'effet cette belle entreprise ; Que tout le mal retourne à ma confusion, Et ne vous informez que de l'occasion.
LISIDOR.
Reste, dieu des amans, que ton soin secourable Oblige ce dessein d'une heure favorable : La froideur qui s'oppose à mon affection, Conjoint ton intérêt à cette intention.
FIN DU PREMIER ACTE