‹ uvres de Jean RotrouChapitre 92 sur 422 · LE ROI, FABRICE, LILIANE, MÉLITE · texte numérisé non relu

LE ROI, FABRICE, LILIANE, MÉLITE

LE TiO\ ^ parlant a ses serviteurs.

Nulle charge ne rend leur prison légitime : Qu'ils soient exempts de fers, étant exempts de crime; Qu'en leurs possessions ces seigneurs soient remis. Et qu'ils tiennent le rang de mes meilleurs amis.

FABRICE

Dieux! qu'est-ce que j'entends? sire, que sert de feindre? On sait que d'aucun crime on ne les peut atteindre , Qu'ils sont moins criminels que seigneurs de la cour , Et qu'ils ne sont aux fers que par raison d'amour. Mais vous le commandez, et il vous est fidèle : Hier je vous en vins apporter la nouvelle; Il vous plut me nommer l'auteur de votre bien. Vous promîtes assez , et vous ne tenez rien. Que votre bonne humeur fut de peu de durée ! Vous avez l'ordonnance à mes yeux déchirée. Et vous semblez encor ne me connoître pas ; Mais votre oubli provient des deux mille ducats.

LE ROI

Où va cet impudent me forger ces mensonges ? Où s'imagine-t-il ces chimères, ces songes? Dieux! avec quelles gens me vois-je désormais, Et que veut-il de moi qui ne le vis jamais ?

FABRICE

C'est un miroir bien faux que l'humeur d'avarice : Si je ne voulois rien, lors je serois Fabrice : Bien, sire, brisons-là ces discours superflus, Et me reconnoissez; je ne demande plus.

(Il voit Liliane.)

Vous reconnoîtrez bien cette belle maîtresse ; Un violent désir de la baiser vous presse.

LILIANE parle au roi.

Sire, quel changement cause tant de froideur ? D'où peut être alentie une si douce ardeur? Ne vous parois-je plus avec tant de lumière ? Vous agréé-je moins pour être prisonnière?

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