‹ uvres de Jean RotrouChapitre 93 sur 422 · ACTE III, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IL

La qualité des lieux où vous nous avez mis, Nous feroit-elle bien croire vos ennemis ?

LE ROI

Quels lieux ? Quels ennemis le ciel m'a-t-il fait naître ?

FABRICE

Ne feint-il point aussi de ne les point connoître ?

LILIANE

Ah! sire, commandez qu'on m'ouvre le cercueil, Ou daignez m honorer d'un plus joyeux accueil: Devant ces confidens rien ne vous sert de feindre j Et nous n'avons ici personne à nous contraindre.

LE ROI

Gardez ces vains discours pour un esprit blessé :

Me veut-on faire ici tenir pour insensé ?

Vous me connoissez mal, et j'ai l'âme trop saine

Pour que ces entretiens me puissent mettre en peine.

Quelle raison, m'amie, adresse ici vos pas?

Qui laisse entrer ces fous que je ne connois pas?

FABRICE

Comme de son esprit la raison est bannie ! Oh! je ne me plains plus , j'ai de la compagnie.

LILIANE

Ne vous parois-je plus avec ces mêmes yeux Qu'il vous plut de nommer vos soleils et vos dieux? Un jour m'a-t-il ravi la douceur de ces charmes Qui vous ont arraché tant de vœux et de larmes ? Votre corps n'est-il pas pourvu des mêmes sens Qui nourrissoient pour moi tant de feux innocens ? Quel sort de tant de flamme en a fait tant de glace ? Liliane chez vous ne trouve plus de place?

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