ACTE III, SCENE IL i3i
Celle que vous nommiez votre âme et votre vie ^ Celle qui vous avoit la franchise ravie.
LE ROI
Que votre vanité nourrit un faux espoir! Comment aurois-je pu vous aimer sans vous voir, Quel amour vos beautés auroient-elles fait naître En moi , qui ne vous puis qu'à peine reconnoitre ?
LILIANE
Donc si jusqu'à ce point votre esprit est changé, Si dessous d'autres lois mon amour l'a rangé , Que votre majesté consente à l'hyménée Qui doit ailleurs aussi ranger ma destinée.
LE ROI
Ma fille , que vos vœux succèdent en tout point. Qu'ai-je à voir en un fait qui ne me touche point?
LILIANE
Ainsi, je ne devois tirer que de la honte
De l'emprisonnement de mon père et du comte.
(Léandre arrive.) LE ROI.
Je crois qu'innocemment ils furent arrêtés, Et je consens aussi qu'ils aient leurs libertés : Faites voir de ma part cette bague à Dorame;
(Tirant l'anneau de son doigt.)
Qu'il tire ces seigneurs de servage et de blâme.
Allez, otez des fers l'objet de vos amours,
Et ne m'ennuyez plus par de si vains discours.
LILIANE, tenant la bague ^ et s'en allant.
D'où peut lui provenir cette mélancolie ? Que ce prince eut de feinte , ou qu'il a de folie !
î32 LA BAGUE DE L'OUBLÎ,
Qu'un étrange accident a troublé sa raison ! Allons , Mélite , ouvrir leur honteuse prison.
MÉLITE
Eh bien! que voyons-nous d'un si beau mariage? Cette bague le rompt au lieu d'en être un gage.
(Elles sortent.) LÉA.NDKE, tout baS.
Qu'en ces effets divers mes désirs sont contens ! Il est bon qu'il repose , et soit sain quelque temps : Ce mal n'auroit déjà que trop de violence , Et son allégement paroît en son silence : Quand cette belle fille aura rendu l'anneau, Nous verrons cet esprit s'altérer de nouveau.
LE ROI, a^^ec d'autres contenances et d'un esprit rassis . Que nos tempéramens se changent en peu d'heure ! Je sens et mon humeur et ma santé meilleure ; Je vois dans ce moment tous mes soins s'arrêter. Fabrice ne dit mot ; n'as-tu rien à conter ?
FABRICE
Que vous trouvez à rire au sujet de ma honte! Si je n'ai rien reçu, que faut-il que je compte?
LE ROI
Quoi ! n'as-tu pas touché les deux mille ducats ?
FABRICE
Sire , ces vains discours ne me contentent pas : Qui , sans votre ordonnance , eût la somme tirée ?
LE ROI
Et ne l'avois-tu pas?
FABRICE
Vous l'avez déchirée.
Ah! qu'il vous est aisé de rire et de railler,