‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 13 sur 547 · ESTIMATION DES PLAISIRS ET DES PEINES · texte numérisé non relu

ESTIMATION DES PLAISIRS ET DES PEINES

temps et leg miVmdus, plus sujette à des écarts dangereux. Elle s'âiïaiblît dans le repos , elle se Tclèfù par Topposîtion.

La sanction politique remporte, à certains égards, sur toult^s les deux : elle agit avec une force plus égale sur tons les hommes, elle est plus claire et plus précise dans ses préceptes; elle est plus stire eï plus exemplaire dans ses opérations ; enfin, elle est plus susceptible d*ètre perfectionnée. Chaque progrès qu'elle f.iii influe immédiatement ^ur le progrès des dmx autres, mais elle n*embrasse que des actions d'une certaine espèce ; elle n*a pas assez de prbe sur la conduite privée des individus; elle ne peut i>iocéder que sur des preuves qu'il eut souvent impossible d'obtenir, et on lui échappe par le secrei , la force ou la ruse. Ainsi , soit qu*on examine dans ces différentes sanctions ce qu'elles fout ou ce qu'elles ne peuvent pas faire , on voit 1;4 nécessité de n'en rejeter aucune , mais de les employer toutes, en les dirigeant vers le même but.

Ce sont des aimants dont on détruit la vertu en les présentant les uns aux autres par leurs pôles contraires ^ landis qu'on la décuple en les unissant par les pOles amis.

On peut observer, en passant, que les systèmes qui ont le plus divisé les hommes, n'ont été fondés que sur une préférence exclusive donnée à Tune ou à l'autre de ees sanctions. Chacune a eu ses par. tisans qui ont voulu l'exalter au-dessus des autres. Chacune a eu ses ennemis qui ont cherché à la dégrader, à en montrer les côtés faibles, à en exposer les erreurs, à développer tous les maux qui en ont été les résultats , sans faire aucune mention de ses bons effets. Telle est la vraie théorie de ces paradoxes, où l'on élève tour à tour la nature contre la société, la politique contre la religion, la religion contre la nature et le gouvernement , et ainsi de suite.

Chacune de ces sanctions est susceptible d'erreur, c'est-à-dire de quelque application contraire au principe de l'utilité ; or, en suivant la nomenclature qu'on vient d'expliquer, il est facile d'indiquer, par un seul mot, le siège du mal. Ainsi, par exemple, l'opprobre qui , après le supplice d'un coupable , rejaillit sur une famille innocente , est une erreur de la sanction populaire. Le délit de l'usure , c'est-

i Quelques personnes seront étonnées qu^en parlant des sanctions de la morale on ne nomme pas la conscience. Une raison suffisante pour ne pas employer cette dénomination, c^est qu'elle est vague et confuse. Dans le sens le plus ordinaire, elle exprime ou la réunion des quatre sanctions, ou la prééminence de la sanction religieuse; mais n*âvoir qu'un seul, et même terme pour exprimer quatre sortes de pouvoirs moraux très-distincts , et souvent

à-dire de l'intérêt au-dessus de l'intérêt légal , est une erreur de la sanction politique. L'hérésie et la magie sont des erreurs de la sanction religieuse.. Certaines sympathies ou antipathies sont des erreurs de la sanction naturelle. Le premier germe de la maladie est dans l'une de ces sanctions , d'oii elle se répand ordinairement dans les autres. 11 importe, dans tous les cas , d'avoir démêlé l'origine du mal avant de choisir et d'appliquer le remède ^.

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