‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 14 sur 547 · DE L*ESTIM\TI0N DES PLAISIRS ET DES PEINES · texte numérisé non relu

DE L*ESTIM\TI0N DES PLAISIRS ET DES PEINES

Des plaisirs à répandre , des peines à écarter, voilà l'unique but du législateur : il faut donc que leur valeur soit bien connue. Des plaisirs et des peines, voilà les seuls instruments qu'il ait à employer : il faut donc qu'il ait bien étudié leur force.

Si on examine la valeur d'un plaisir considéré en lui-même, et par rapport à un seul individu, on trouvera qu'elle dépend de quatre circonstances.

!• Son intensité,

2« Sa durée.

5« Sa certitude.

4« Sa proximité,

La valeur d'une peine dépend des mêmes circonstances.

Mais , en fait de peines ou de plaisirs, il ne suffit pas d'en examiner la valeur comme s'ils étaient isolés et indépendants : tes peines et les plaisirs peuvent avoir des conséquences qui seront ellesmêmes d'autres peines et d'autres plaisirs. Si donc on veut calculer la tendance d'un acte dontil résulte une peine ou un plaisir immédiat, il faut faire entrer dans l'eslimaiion deux nouvelles circonstances.

15» Sa fécondité.

6» Sa pureté.

Plaisir fécond : — cdui qui a la chance d'être suivi de plaisirs du même genre.

Peine féconde : — celle qui a la chance d'être suivie de peines du même genre.

opposés , c*est se condamner è des disputes interminables. Dans la morale pratique et sentimentale, il est d'usage de personnifier la conscience : elle ordonne , elle défend , elle récompense, elle punit, elle se réveille, elle s^éteiot,etc. Dans le langage philosophique , il faut rejeter ces expressions figurées, et subslituei' les termes propres, c^est-à-dire rimpression des peines et des plaisirs, qui émanent de telle ou taHe sanction.

CAUSES DES DIFFÉRENCES DANS LA SENSIBILITÉ

Plaisir pur : — celui qui n'a pas la chance de imMluire des peines.

?eine pure : — celle qui n'a pas la chance de produire des plaisirs.

Lorsqu'il s'agit de faire cette estimation par rapport à une collection d'individus, il faut ajouter une autre circonstance.

7" L'étendue : c'est-à-dire le nombre de personnes qui doifent se trouver affectées par ce plaisir ou par cette peine.

Veut-on évaluer une action? il faut suivre en détail toutes les opérations que l'on vient d'indiquer. Ce sont les éléments du calcul moral , et la l^islatîon devient une affaire d'arithmétique. Mai qu'on inflige, c'est la dépense : bien qu'on fait naître, c'est la recette. Les règles de ce calcul sont les mêmes que de tout autre.

C'est là une marche lente , mais sûre : au lieu que ce qu'on appelle sentiment est un aperçu prompt , mais sujet à être fautif. Au reste , il ne s'agit pas de recommencer ce calcul à chaque occasion : quand on s'est familiarisé avec ces procédés, quand on a acquis la justesse d'esprit qui en résulte, on compare la somme du bien et du mal avec tant de promptitude , qu'on ne s'aperçoit pas de tous les degrés du raisonnement. On fait de l'arithmétique sans le savoir. Cette méthode analytique redevient nécessaire lorsqu'il se présente quelque opération nouvelle ou compliquée, ou lorsqu'il s'agit d'éclaircir un point contesté , d'enseigner ou de démontrer des vérités à ceux qui ne les connaissent pas encore.

Cette théorie du calcul moral n'a jamais été clairement exposée; mais elle a toujours été suivie dans la pratique, au moins dans tous les cas où les hommes ont eu des idées claires de leur intérêt. Qu'est-ce qui fait la valeur d'un fonds de terre , par exemple? n'est-ce pas la somme des plaisirs qu'on peut en retirer? Cette valeur ne varie-t-elle pas selon la durée plus ou moins longue qu'on peut s'en assurer, selon la proximité ou b distance de l'époque où l'on doit entrer en jouissance, selon la certitude ou l'incertitude de la possession ?

Le% erreurs dans la conduite morale des hommes ou dans la législatioj», se rapportent -toujours à Fane ou à l'autre de ces circonstances qui ont été néconnues, oubTiées, ou mal appréciées dans ' le . cakol des biens et des m*aux.

1 Ondique bfea des philosophes ne recbnDaisscnt qa*une ssbftsnce,' et regardent cette division comme pucemeni mMDinare, ils nous accorderont, au moins, que si Tespril est Qoe parlie du corps, c^esl une partie d*une nature bien différente des autres. Les altérations considérables du corps frappent les sens» les plus grandes altérations de l'esprit ne ki frappent point* D^une ressemblance d^organlsation^ on

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