‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 145 sur 547 · DE LA SATISFACTION VINDICATIVE · texte numérisé non relu

DE LA SATISFACTION VINDICATIVE

moyen eût été Irès-vaïide. D'où vient ce changement? De celui qui s'est opéré peu à peu dans la jurisprudence. La justice , en s'éclairant , et s'atlacbaot à des lois et à des formes , s offert des moyens de redressement préférables à celui du duel *. La même cause produira encore les mêmes effets. Dès que la loi offrira un remède sûr contre les délits qui blessent l'honneur, on ne sera pas tenté de recourir à un moyen équivoque et dangereux. Aimet-on la douleur et la mort? Non sans doute. Ce sentiment est également étranger au cœur du poltron cl du héros. C'est le silence des lois, c'est l'oubli de la justice qui réduisent l'homme sage à se protéger lui-même par cette triste et unique ressource.

Pour donner à la satisfaction honoraire toute rétendue et la force dont elle est susceptible, la définition des délits contre l'honneur doit avoir assez de latitude pour les embrasser tous. Suivez pas à pas l'opinion publique : soyez son fidèle interprète. Tout ce qu'elle regarde comme attentatoire à l'honneur, regardez-le comme tel. Un mot, un geste, un regard suffisent- ils aux yeux du public pour constituer une insulte? Ce mot, ce geste , ce regard doivent suffire à la justice pour constituer un délit : llntention de l'injure fait l'injure. Tout ce qui s'adresse à un homme pour lui témoigner ou lui attirer du mépris est insulte , et doit avoir sa réparation.

Dira-t-on que ces signes insultants, douteux par leur nature, fugitifs et souvent imaginaires, seront trop difficiles à constater, et que des caractères ombrageux , voyant une insulte où il n'y en a point, pourront faire subir à des innocents des peines indues?

Ce danger est nul , parce que la ligne de démarcation est facile à tracer entre l'injure réelle et /Injure imaginaire. 11 suffit, à la réquisition du plaignant , d'interroger le défendeur sur son intention, u Avez-vous eu dessein, dans ce que vous « avez fait ou dit , de marquer du mépris à un u tel? » S'il le nie, sa réponse , vraie ou fausse, suffit pour laver l'honneur de celui qui a été ou s'est cru 4P^ensé. Car l'injure même eût-eUe été peu équivoque , la nier, c'est recourir au mensonge , avouer sa faute, déceler sa crainte et sa faiblesse, en un mot , c'est faire un acte d'infériorité et s'humilier devant son adversaire.

£o faisant le catalogue des délits qui ont le caractère de l'insulte , il y a des exceptions nécessaires. Il faut prendre garde à ne pas envelopper dans cet arrêt de proscription les actes utiles de la censure

i C# fut en 13Û5 que Philippe le Bel abolit le duel en Batière civile. H avait rendu le parlement sédentaire à

publique , l'exercice du pouvoir de la sanction populaire. Il faut réserver aux amis et aux supérieurs l'autorité des corrections et des réprimandes : il faut sauver la liberté de l'histoire , et La liberté de la critique.

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