‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 27 sur 547 · Raison fantastique n'est pas raison · texte numérisé non relu

Raison fantastique n'est pas raison

Rien de plus commun que de dire : La raison

FAUSSES MANIÈRES DE RAISONNER EN MATIÈRE DE LÉGISLATION

ceuiy la raison étemelle prescrit, etc. ; mais qu'esl-ce que celle raison? Si ce n'est pas la ?ue dislincte d'un bien ou d'un mal , c'esl une fantaisie, un despotisme qui n'annonce que la persuasion intérieure de celui qui parle.

EiaminoDS sur quel fondement un jurisconsulte célèbre a voulu établir l'autorité paternelle. Un homme d'un bon sens ordinaire ne verrait point de difficulté dans cette question ; mais un savant doit trouver partout quelque mystère.

« Le droit d'un père sur ses enfants, dit Cocceius, •f est fondé sur la raison ; car, !• les enfants sont ■ procrées dans la maison dont le père est le « maître ; 2*» ils naissent dans une famille dont il « est le chef; 3» ils sont de sa semence et une « partie de son corps. >» Voilâ les raisons dont il conclut, entre autres choses, qu'un homme de quarante ans doit attendre pour se marier le consentement d'un vieillard qui radote. Ce qu'il y a de commun entre ces trois raisons, c'est qu'aucune (Telles n'a aucun rapport à l'intérêt des parties: l'auteur ne consulte nr l'utilité des pères ni celle des enfants.

Le droit cTun père est d'abord une expression qui manque de justesse : il ne s'agit point d'un droit illimité, d'un droit indivisible; il y a plusieurs espèces de droits qu'on pourrait accorder ou refuser ao père, chacune pour des raisons particulières.

J^ première raison qu'il allègue est fondée sur nn fait qui n'est vrai que par accident. Qu'un voyageur ait des enfants qui naissent dans une auberge, dans UQ vaisseau, dans la maison d'un ami; voilà donc la première base de l'autorité paternelle qui i^xisterait pas pour le père. Les enfants d'un domestique, ceux d'un soldat, ne devraient pasèlre soumis â leurs pères , mais à celui dans la maison duquel ils sont nés.

La seconde raison n'a point de sens déterminé, ou De serait qu'une répétition de la première. L'enfant d'un homme qui demeure dans la maison de son père , de son frère aîné ou de son palron , esA^é dans une famille dont son père soit le chef?

La troisième raison est aussi futile que peu décente. « L'enfant est né de la semence du père et « fiait partie de son corps. « Si c'est là le principe d'an droit, il faut convenir qu'il doit mettre la poîssance de la mère bien au-dessus de celle du père.

Renurquons ici une différence essentielle entre les faux principes et le vrai. *Le principe d'utilité , ne ('appliquant qu'à l'intérêt *d es parties, se plie aux circonstances et s'ac<5ommod€ à tous les besoins . ijts raux principes, se fondant sur des chose» étrangères a rintérêt des individus , seraient inflexibles,

s'ils étaient conséquents. Tel est le caractère de ce prétendu droit fondé sur la naissance. Le flls appartient naturellement au père , parce que la matière dont le fils est formé a circulé autrefois dans le sang du père : qu'il le rende malheureux , n'importe ; on ne saurait anéantir son droit , puisqu'on ne saurait faire que son fils ne soit pas son fils. Le blé dont votre corps est formé a crû autrefois dans mon champ : se peut-il que vous ne soyez pas mon esclave ?

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