Antipathie et sympathie ne sont pas raison
C'est surtout en matière de loi pénale qu'on déraisonne par antipathie : antipathies contre les actions réputées délits ; antipathies contre les individus réputés délinquants ; antipathies contre les ministres de la justice ; antipathies contre telle ou telle peine. Ce faux principe a régné en tyran dans celte vaste province de la loi: Beccariaosa le premier l'attaquer en fcice , avec des armes d'une trempe indestructible; mais s'il fit beaucoup pour détruire Fusurpateur, il fit trop peu pour le remplacer.
C'est le principe d'antipathie qui fait parler Je délit comme méritant une peine ; c'est le principe correspondant de sympathie qui fait parler de telle action comme méritant une récompense ; ce mot mérite ne peut conduire qu'à des passions et à des erreurs. Il ne faut considérer que les effels bons ou mauvais.
Mais quand je dis que les antipathies et les sympathies ne sont pas raison, j'entends celles du législateur, car les antipathies et les sympathies des peuples peuvent faire raison et raison bien puissante. Que (îfs religions, des \n\^^ des coutumes soient biziineti ou pt:niicicuâeâHt nMmporte^ il suffit que les pt ti^ilrii y mkni allacbés. La fo|C4r de leur préjugé * U hi tiu-iiure des niénaçemenh qu'on leur doit. Uler uriti jouissance, u»e espérance, toute chiiudriquL' qu'cllu sorl, c'est fuire le même mal que si on ùtnit une jouissance, lUitt espérance réelle. La pemetFun seul iutïiviiïii devient alors par sympathie la peine de unn. De ÎJ rè^ttltc une -foule de m\m\ : anlipailjje rentre la loi qui blesse le préjugé jjcuéràl ; anlipallim contre le carp.i des lois dont ellt' Ifait pai'lie; tiulipalhic contre le gouvernement qui les fiiit t-xécuter; — dtsiKisittou à ne point contrif" lier à Irur (îXêeulïon; disposition â s'y opposer clandeslirieiui^nl; disposition à s'y opposer ouverleinent et pAr force; dis^posillou i\ ôter le gou verni me tit ù iimiJt qui se r(ndis.senl contre une volotaé ptipn faire ; — maux qu'entraînent les délits dont l'ensemble forme ce triste composé qu'on appelle rébellion, guerre cipUe ; maux qu'entraînent les peines auxquelles on a re-
FAUSSES MANIÈRES DE RAISONNER EN MATIÈRE DE LÉGISLATION
cours pour les faire cesser. Tel est renchalnement «le conséquences funestes, toujours prèles à éclore irune fa 11 Ui sic coïilmi iife. II faut donc que le légishieiir cèile à h violent (î d'un courant qui emporicrmi tout ce qu'on lui oppose. Cependant ne négligeons pas d'ohj^erver qu'ici ce ne sont pas ces fantaisies qui soriL la raison déterminante du législateur; ce sont les maux dont elles menacent si t'îles sonl eooîliaUues, Mais le législateur doit-il Otre escïaTe di^s fa niais i<!S de ceux qu'il gouverne? non. Entrn une opf>osition imprudente et une condescendance servile , il y a un milieu honorable et sûr : c'est de combattre ces fantaisies avec les seules armes qui peuvent les vaincre : l'exemple et rinstruclion; il faut qu'il éclaire, qu'il s'adresse à la raison publique, qu'il se donne le temps de démasquer l'erreur. Les vraies raisons , clairement exposées, seront nécessairement plus fortes que les fausses. Mais il ne faut pas que le législateur se montre trop directement dans ces instructions , de peur de se compromettre avec l'ignorance publique. JiCS moyens indirects répondront mieux à son but.
Au reste , trop de déférence pour les préjugés est un défaut plus commun que l'excès contraire. Les meilleurs projets sur les lois vont échouer contre cette objection banale : •« Le préjugé s'y « oppose : on offenserait la multitude. » — Mais comment le sait-on? Comment a-t-on consulté Topinion publique? Quel est son organe? Le peuple entier n'a-t-il qu'une façon de penser uniforme? Tous les individus ont-ils le même sentiment, y compris les dix-neuf vingtièmes qui n'en ont jamais entendu parler? — D'ailleurs, si la multitude s'est trompée, est-elle condamnée à rester étenielicmeïil «lins lerreur? Les illusions qu'enfiHjtent les lénèbres m^ s'évanouiront-elles pas au {jJiJïd jour? Veul'on que le peuple ait pu embrasser lu saine raison quaml t'ile n'était connue ni des législateurs ni des sages de la terre? — N'a-t-on pas l'exemple d'atitres nations qui sont sorties de la même ignorance et oiï l'on a triomphé des mêmes obstacles?
Après tout , It^A jiréjugés populaires servent moins souvent de molifs que de prétextes. C'est un jvasse-port cofimiude pour les sottises des hommes irÉtal. l/ignorûnce du |>eupleest l'argument favori lie leur puëiiranimiLéel de leur paresse, tandis que leurs vrais motifs sont (es préjugés dont eux-mêmes n'ont pu ^'aJTrancliir. Le nom du peuple est une signature coolrefaitc poar justifier ses chefs.