DES CORPS PERMANENTS
« dans mon esprit. » Sempronius peut également dire : « C'est là précisément ce qui se passe dans le « mien, n
C*est donc la possibilité de concourir dans le même acte Intellectuel qui constitue le principe d'unité d'un corps *.
n. DES CORPS PERMANENTS.
Un corps politique permanent est une collection d'individus destinés à produire une suite d'actes relatifs à l'objet de leur institution. Ces actes seront ceux de tous , s'ils sont unanimes ; mais comme il est impossible qu'il existe une idenlilé parfaite et constante de sentiment dans une grande réunion d'inditidus , on est con?enu de donner la même force à l'acte d'une majorité qu'à celui du nombre total.
L'impossibilité d'un concours universel et constant de sentiments dans une assemblée , est démontrée par l'expérience de tous les temps et de tous les lieux. Un gouTernement où le corps législatif serait assujetti à celte loi d'unanimité estoine extra- TBgance si palpable, que, sans l'exemple de la Pologne, on ne pourrait pas croire qu'elle fût jamais entrée dans l'esprit humain : mais l'exemple de la Pologne montre également que si une telle loi peut se faire , elle ne peut pas s'observer , ou qu'elle produit la plus affreuse anarchie.
Quand on s'en rapporte à la décision d'un corps politique , ce qu'on désirerait en premier lieu , c'est d'obtenir le vœu unanime de ses. membres ; mais cette unanimité étant comme impossible, ce qu'on désire en second lieu , c'est le vœu qui en approche le plus. Ceci mène à se contenter du vœu de la majorité simple ; car , quelque loin qu'il soit du véritable vœu universel , il en est plus près que le vœu contraire.
Les nombres se trouvent-ils égaux des deux parts?-il en résulte qu'il n'y a point d'acte général. Chaque vœu détruisant le vœu contraire , il n'y a point de conclusion prise; les choses doivent rester comme elles étaient, sans qu'on ait besoin de donner de voix prépondérante à personne.
Je n'ai rien dit jusqu'ici des cas d'absence , qui changent continuellement l'identité de l'assemblée. Que dire d'un vœu qui ne se déclare point ? Il n'ap-
* Cest qu*en eflFet il n*y a qu^un acte intellectuel qui pnitseétre identique entre plusieurs individus, et constituer le principe d*unité d*un corps. Un acte physique ne le peut pas. Un tel acie, propre i Pindividu qui Inexercé, n^offre aucune base à telle idenlUé.Que le sénat romain décide que le consul Opimius mettra à mort Tibérius Graccbus ; cette décision est lilléralemeùt et sans figure Tacle de chaque iénatenr qui y contribue par son suffrage. Qu^Opimius , en conséquence , tue Graccbus djin coup d*épéc , ce coup
BERTRAB. — TOHR I.
parlient ni à un côté ni à l'autre. Il ne peut pas être compté dans la composition du vœu général.
Annuler le vœu de l'assemblée à raison des absents, ce serait donner aux vœux des absents le même effet que s'ils s'étaient déclarés pour le parti de la minorité : ce que , par la supposition , ils n'ont pas fait. Dans le calcul des suffrages , à parler mathématiquement, la vraie valeur du vœu d'un absent est de un moins un : ce qui est égal à zéro. Lui donner la valeur i\t plus un ou de moins un, serait un faux calcul.
Mais est-il toujours nécessaire d'avoir une décision ? Non , sans doute ; il y a bien des cas où il serait trop dangereux de permettre à une petite portion de rassemblée d'agir toute seule. On aimera mieux n'avoir point de décision que d'en avoir une qui ne réunisse pas une certaine proportion des suffrages du corps entier. On fixera d'avance le nombre nécessaire pour légitimer un acte de l'assemblée. Je ne fais que toucher ici à cette question importante , qui sera discutée dans un autre chapitre.
Il me suffit d'avoir fait remarquer ici que cette formule ordinaire , telle a été la décision de rassemblée, énonce des faits très-différents. Avec une assemblée dont la composition numérique varie toujours, la seule identité qui existe , c'est l'effet légal de ses décisions.
Voilà trop de métaphysique , dira-t-on peut-être ; mais je réponds qu'elle était nécessaire , puisqu'on voulait expliquer la natur&d'un corps politique, sans avoir recours au langagç figuré. Cette expression a servi de prétexte à des allégories sans fin, qui sont devenues elles-mêmes la base d'une multitude de raisonnements puérils. L'imagination des écrivains s'est épuisée à donner aux corps politiques les propriétés des différents corps. Tantôt ce sont des corps méeaniques , et alors il est question de leviers>, de ressorts , de rouages , de chocs , de frottement, de balancement, de prépondérance. Tantôt ce sont des corps animés , et alors on emprunte tout le langage de la pliysiologie : on parle de santé, de maladie, de vigueur, d'imbécillité, de corruption , de dissolution , de sommeil , de mort et de résurrection. Je ne sais combien d'ouvrages politiques seraient anéantis, si on leur ôtait ce jargon
d*épée n*est Tacte que du seul Opimius. Les Jdristes diront (|ue cet acte u*esl pas moins celui du sénat que Pautre : Qui facît per alium , facH per se. Je n'examinerai pas si ce tour d*esprit, qui tend à confondre une personne avec une autre, peut avoir quelque utilité; je me borne ici à observer que si , pour abréger ou pour s'exprimer d'une manière plus frappinte^ ce coup d'épée est représenté comme l'acte du sénat , ce ne peut élre que dans un sens figuré.
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poétique atec lequel on pense créer des idées, quand on ne combine que des mots.
Il est frai que , soit pour abréger, soit pour tempérer Faridilé du sujet , il est permis d'emprunter quelques traits du langage figuré ; et même on j est souvent forcé, puisque les idées intellectuelles ne peuvent jamais s'exprimer que par des images sensibles : mais , dans ce cas, il y a deux précautions à observer r l'une, de ne jamais perdre de vue la vérité simple et rigoureuse , c'est-à-dire d'être toujours en état de traduire clairement le langage figuré en langage simple; l'autre, de ne fonder aucune conclusion sur une expression figurée, dans ce qu'elle a d'impropre , c'est-à-dire lorsqu'elle ne s'accorde plus avec le véritable fait.
Le langage figuré , très-ulile à la conception , quand il vient à la suite du langage simple, lui est funeste quand il le remplace. 11 accoutume à raisonner sur les plus fausses analogies , et forme , autour de la vérité , un nuage que les esprits les plus clairvoyants ont bien de la peine à percer.