‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 381 sur 547 · UNITÉ D'OBJET DANS LE DÉBAT · texte numérisé non relu

UNITÉ D'OBJET DANS LE DÉBAT

avec lesquels on ne pourrait rien finir. Les répliques ont aussi Tinconvénient d'entraîner des personnalités qui feraient dégénérer un débat en conversations amères et infructueuses.

En accordant la liberté des répliques , n'exposerez-vous pas les débats à une durée incompatible avec l'expédition des affaires? Voilà l'objection la plus forte : mais, premièrement, les cas où les promptes décisions sont nécessaires ne se présentent pas souvent dans une assemblée législative; et, dans ces cas, elle est toujours maltresse de ses propres règles, toujours libre d'agir selon les circonstances. Secondement , peut-on considérer comme perdu le temps employé à une discussion de bonne foi , quelque long qu'il puisse être ? La diligence est-elle donc le but principal? Doit-on se soustraire à l'ennui de quelques moments pour s'exposer à de longs repentirs? Ce n'est pas l'excès qu'on doit craindre en fait d'examen ; les mauvaises lois ne sont que les résultats de l'inattention et de la précipitation. La règle générale doit être de ne rien rejeter de ce qui peut éclairer l'assemblée ; et comment décider d'avance qu'un individu qui demande à parler -n'a rien d'utile à dire?

Enfin , il me parait douteux que les discussions doivent être prolongées par l'admission des répliques. Dès que la question est éclaircie, ou que les deux partis reconnaissent leur opposition pour invincible, le débat est arrivé à sa conclusion naturelle, et tout le monde est impatient de le voir finir. Mais la liberté des répliques a une tendance à mener la discussion à ce point. Deux antagonistes engagés dans une question sur laquelle ils sont préparés , se répondent avec plus de justesse ; ils vont plus directement au but sans perdre le temps en formes , en exordes , en apologies , comme fait chaque nouvel orateur, pour donner à ses arguments la tournure et les ornements d'un discours.

Après tout , le débat libre n'a pas l'effet nécessaire de priver aucun individu de la parole ; le moment où il pourra l'obtenir est seulement retardé. C'est une simple transposition de temps , qui n'ôte rien à l'égalité.

D'après cet exposé des raisons pour et contre, chaque assemblée peut juger des circonstances où il lui convient d'admettre l'une ou l'autre de ces deux Tormes de débat.

Mais , dans le cas même où les répliques ne seraient pas permises , il faut toujours faire une exception en faveur de l'auteur de la proposition. Celui qui a ouvert le débat doit avoir^la faculté de parle}' le dernier. Il est à présumer qu'il connaît mieux que personne le fort et le faible de sa cause; êl, s'il n'avait le droit de répliquer, des objections auxquelles lui seul peut répondre pourraient en

imposer à l'assemblée. Dans le parlement britannique , cette dernière réponse est ordinairement ce qui attire le plus l'attention de toute Taudience. C'est là où l'orateur concentre toutes ses forces, et ramène tout au point essentiel qui doit déterminer le jugement. Videndum est ubi sit rei summa, nam ferè accidit ut in causis multa dicanturj de paucis judicetur *•

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