DU^ÉBÂT LIBRE ET DD DÉBAT STRICT
Il peut y avoir deux espèces de débats y l'un sans réplique, Vautre avec répliques. Dans le premier, que j'appelle strict, chaque membre, avec une seule exception dont je parlerai bientôt^ ne serait admis à parler qu'une fois. Dans le second , que j'appelle libre, chaque membre aurait la liberté de parler aussi souvent qu'il le jugerait convenable.
Le premier mode peut être nécessaire dans les grandes assemblées où il y aurait un grand nombre de prétendants ^a parole. Il faut, par le principe d'égalité , assurer à chaque membre le droit d'être entendu ; et il y aurait une s(M*te d'injustice à permettre aux uns de parler pour la seconde fois, tandis que d'autres n'auraient pas encore été admis à se foire entendre. Si donc il y a un superflu d'orateurs, c'est-à-dire plus qu'on n'en peut entendre commodément pour la marche expéditive des affaires , l'exclusion des répliques est une loi de nécessité.
Cependant la méthode libre a de grands avantages. Dans un engagement corps à corps entre deux personnes, la discussion est mieux suivie, les arguments sont plus serrés qu'entre plusieurs. Chaque réplique contribue â répandre la lumière, et à fortifier l'impression qu*on a reçue. Le débat s'anime, il devient plus dramatique, plus intéressant. Chacun prête son attention au plaidoyer. On s'efforce de saisir ou de prévoir les arguments des deux antagonistes. 11 n'j» a point de mouvement perdu ou rétrograde ; chaque pas vous avance vers la conclusion. Cet intérêt est, pour ainsi dire, afi^aibli ou trompé toutes les fois qu'un nouvel interlocuteur vient rompre le fil du débat, et interjeter des idées toutes diflPérentes. Aussi le premier sentiment des hommes , leur instinct naturel , est tout en faveur de cette manière de débattre entre deux orateurs qui soutiennent , alternativement , le pour et le contre.
jpans le parlement britannique, on a réuni ces deux méthodes par deux manières de procéder : l'une quand l'assemblée est en chpmbre, l'autre quand elle est formée en comité général, D9ns la chambre, on S'en tient strictement i la règle de n'accorder la parole qu'une fois. Dans le comité général, il est d'usage de laisser la liberté des répliques; et I^ discussion se passe fi-équemment entre-un petit nombre d'individus qui ont donné une attention particulière à fa question. Toutefois c'est plutôt une indulgence qu'une règle , et cela doit être ainsi : car il est des parleurs opiniâtres