CHAPITRE XVII
INCONVÉNIENTS d'cN ORDRE FIXE POUR LÀ PÀROlE.
Aucun membre, après Vauteur de la proposition, n'aura le droit de parler avant un autre. Celui qui demande le premier la parole sera le premier entendu . Entre plusieurs compétiteurs, la priorité sera décidée pamle président ( ou par le sort).
Un ordre flxe de priorité , quel qu'il soit , est une des règles les plus nuisibles qu'on puisse établir dans une assemblée politique. Ordre apparent, désordre réel ; égalité apparente , inégalité réelle : mais ceci demande à être traité en détail.
!• Cet ordre fiXe est défavorable au développement de l'iotelligence individuelle.
Celui qui se voit placé des derniers dans le rang de la parole , devant naturellement s'attendre à voir ses argumenta iinlicipéi^. n'^ifiiM poiiiU dans les cas ordinaires, la méineémulatioti pour étiiiiier un-si^et difHcUe. Plus on diminue pour fui la chance de se dislinguer et d'être uUle/tÀi^ on alTrijIilil le^ motifs de son apiilic^tion. Gel oli^^Uide pt-ut être vulncu par une hahilclGtiUju^i U:ure . mm ce sera toujours lin tlécourngemcnl travoir à parler devant une audifinre ftilT(;ufe ti préveDne,
^" Ce modo entraîne iinf grande perle.de temps par les discours inutiles.
Les premiers sur la liste , placés d^s une situation qui les met en vue, et toujours appelés à parler, se croiront obligés de répondre à cet appel; ils feront
des discours non pour dire quelque chose, mais pour ne pas se taire. Ainsi , par une double erreur, les plus habiles peuvent être réduits au silence, et les plus ineptes forcés, pour ainsi dire , à leur corps défendant, d'user ou d'abuser de la parole.
3» Cet ordre fixe est encore nuisible au débat, eD empêchant les talents difFérents de se concerter, et de se distribuer les rôles de la manière la plus avantageuse pour la discussion.
L'un sera plus propre à faire l'exposition d'un sujet ; il excelle à présenter une grande série de faits dans un ordre clair et précis.
Un autre, moins capable de saisir un ensemble, possède à un haut degré l'art de faire valoir tel ou tel argument. ^
Un troisièipe^ peu doué de la force d'invention, aura cette présence d'esprit qui découvre à riu8tant« le côté faible d'un antagoniste, et il aura une grande, supériorité dans la réplique.
Tel autre enfin, qui serait nul à l'ouverture d'un débat, est admirable pour résumer, pour faire un sommaire des arguments , et accélérer la conclusion.
Laissez la parole libre, cet arrangeraent.des rôles se fera de lui-même, sans qu'on jr pense. Mais Tordre Me contrarie l'ordre naturel , il place les hommes et déplace les talents.
40 €et ordre fifte tend d'une autre manière à renverse( 1« véritable ordre du débat. Ce qui le constitue , c'est l'alternallve entre les aniagonistes. Je ne dis pas que cette alternative so1t toujours d'une nécessité absolue, mais c'est la marche la plus naturelle , la plus agréable , et la plus propre à conduire au but.
Avance-t-on un fait erroné ou un argument sophistique, il importe que la réfutation soit immédiate. Un discours a-t-il produit un effet sensible en faveur des uns , il faut que les autres cherchent aie combattre au moment même. Sans cela, point d'égalité : et qu'y a-t-il de plus propre à mettre les juges en état de prononcer -avec connaissance de cause, que ce plaidoyer contradictoire, où l'on oppose sans cesse préjugés à préjugés , faits à faits , arguments à arguments? Ce choc des esprits fait jaillir la lumière, et produit l'évidence.
Dans l'assemblée nationale , tous ceux qui voulaient parler sur un sujet donné se faisaient inscrire d'avance, et" cette liste fixait Tordre de la parole, piiel en était le résultat? Nombre d'orateurs parlant de suite dans ie méftne sens, et faisant des discours préparés^ fatiguaient l'assemblée par des tfiiiits élerneîlçs. Point d'analogie et de corjfspcfnditpce entre eux. L*at(à(^ye et la déferle n'étaient jamais dans leur^^rdre naturel. Tell^ int^utatioB fak^dans un des prittiiers discours n'était réfutée que dans un