‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 4 sur 547 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

BU PRINCIPE DE l'uTILITÉ.

Le bonheur public doit être l'objet du législateur : VuiilHé générale doit être le principe du raisonoement en législation. Connaître le bien de la commuoauté dont les intérêts sont en question, Toilâ ce qui constitue la science ; trouver les moyens de le réaliser, voilà ce qui constitue Tart.

Ce principe de VulilUé, énoncé vaguement, est peu contredit : il est même envisagé comme une espèce de lieu commun en morale et en politique. Wlàii cet assentiment presque universel n'est qu'apparent. On n'attache pas à ce principe les mêmes idées ; on ne lui donne pas la même valeur ; il n'en résulte pas une manière de raisonner conséquente et uniforme.

Pour lui donner toute l'efficacité qu'il devrait avoir, c'est-à*dire, pour en faire la base d'une raison commuue, il y a trois conditions à remplir :

La première est d'attacher à ce mol utilité y des notions claires et précises qui puissent être exactement les mêmes pour tous ceux qui l'emploient.

I^ seconde est d'établir V unité j la souveraineté de ce principe, en excluant rigoureusement ce qui n^est pas lui. Ce n'est rien que d'y souscrire en général; il faut n'admettre aucune exception.

La troisième est de trouver les procédés d'une arithmétique morale, par laquelle on puisse arriver à des résultats uniformes.

- lies causes de dissentiment peuvent se rapporter ikdeuxfoMf principes qui exercent une influence

tantôt ouverte et tantôt cachée sur les jugements des hommes. Si on peut parvenir à les signaler et ù les exclure, le vrai principe restera seul dans sa pureté et dans sa force.

Ces trois principes sont comme trois routes qui se croisent souvent, et dont une seule mène au but. 11 n'est point de voyageur qui ne se soit souvent détourné de l'une à Tautre , et n'ait perdu dans ces écarts plus de la moitié de son temps et de ses forces. La bonne route est pourtant la plus facile; elle a des pierres milliaires qu'on ne saurait transposer ; elle a des inscriptions inefl^açables dans une langue universelle, tandis que les deux fausses roules n'ont que des signaux contradictoires et des caractères énigmaliques. Mais sans abuser du langage de Tallégorie, cherchons à donner des idées claires sur le vrai principe et sur ses deux adversaires.

La nature a placé l'homme sous l'empire du plaisir et de la douleur. Nous leur devons toutes nos idées; nous leur rapportons tous nos jugements, toutes les déterminations de notre vie. Celui qui prétend se soustraire à cet assujettissement ne sait ce qu'il dit ; il a pour unique objet de chercher le plaisir, d'éviter la douleur, dans le moment même où il se refuse aux plus grands plaisirs , et où il embrasse les plus vives douleurs. Ces sentiments éternels et irrésistibles doivent être la grande étude du moraliste et du législateur. Le principe de l'utilité subordonne tout à ces deux mobiles.

Utilité est un terme abstrait. Il exprime la propriété ou la tendance d'une chose à préserver de quelque mal ou à procurer quelque bien. Malj c'est peine, douleur ou cause de douleur. Bien, c'est plaisir ou cause de plaisir. Ce qui est conforme à

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