‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 5 sur 547 · PRINCIPE DE L'ASCÉTISME · texte numérisé non relu

PRINCIPE DE L'ASCÉTISME

Tulililé ou à TinlërtH d'un imliviilu , c'est ce qui tend à augmenler la somme totale de son bien-être. Ce qui est conforme à l'utilité ou à l'intérêt d'une communauté, c'est ce qui tend à augmenter la somme totale du bien-être des individus qui la composent.

Un principe est une idée première dont on fait le commencement ou la base de ses raisonnements. Sous une image sensible , c'est le point fi\^ auquel on attache le premier anneau d'une chaîne. Il faut que le principe soit évident ; il suffit de Véciaircir, de VexpUquer pour le faire reconnaître. II est comme les axiomes de malhémati(^ues : on ne les prouve pas directement, mais on montre qu'on ne peut les rejeter sans tomber dans l'absurde.

La logique de l'utilité consiste à partir du calcul, ou de la comparaison des peines et des plaisirs dans toutes les opérations du jugement, et à n'y faire entrer aucune autre idée.

Je suis partisan du principe de rutilité lorsque je mesure mon approbation ou ma désapprobation d'un acte privé ou public sur sa tendance à produire des peines et des plaisirs; lorsque j'emploie les ievmes juste, injuste, moral, immoral, don, mauvais, comme des termes collectifs qui renferment des idées de certaines peines et de certains plaisirs , sans leur donner aucun autre sens : bien entendu que je prends ces mots , peine et plaisir, dans leur signification vulgaire, sans inventer des définitions arbitraires pour donner l'exclusion â certains plaisirs ou pour nier l'existence de certaines peines. Point de subtilité, point de métaphysique; il ne faut consulter ni Platon, ni Arislote. Peine et plaisir, c'est ce que chacun sent comme tel; le paysan ainsi que le prince, l'ignorant ainsi que le philosoj>he.

Pour le partisan du principe de rutilitéh vertu n'est un bien qu'à cause des plaisirs qui en dérivent : le vice n'est un mal qu'à cause des peines qui en sont la suite. Le bien moral n'est bien que par sa tendance à produire des biens physiques : le mal moral n'est mal que par sa tendance à produire des maux physiques; mais quand je (\\s physiques, j'entends les peines et les plaisirs de l'âme aussi bien que les peines et les plaisirs des sens. J'ai en vue l'homme tel qu'il est dans sa constitution actuelle.

Si le partisan du principe de Vutilité trouvait, dans le catalogue banal des vertus, une action dont il résultât plus de peines que de plaisirs, il ne balancerait pas à regarder cette prétendue vertu comme un vice; il ne s'en laisserait point imposer par l'erreur générale ; il ne croirait pas légèrement

^ Ascétisme %\%v\îi^ y par soa élymologie , ca?^mce .• c'était un mol appliqué aux moines , pour désigner leurs menue!» pratiques de dévotion et de péniiencc.

qu'on soit fondé à employer de fausses vertus pour le maintien des véritables.

S'il trouvait aussi dans le catalogue banal des délits quelque action indifférente, quelque plaisir innocent, il ne balancerait pas à transporter ce prétendu délit dans la classe des actes légitimes; il accorderait sa pitié aux prétendus criminels , et il réserverait son indignation pour les prétendus vertueux qui les persécutent.

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