‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 40 sur 547 · PROPOSITIONS DE PATHOLOGIE · texte numérisé non relu

PROPOSITIONS DE PATHOLOGIE

2. P. De deux individus à fortunes inégales y celui qui a le plus de richesses a le plus de bonheur,

5. P. T/excédant en bonheur du plus riche ne sera pas aussi grand que son excédant en richesse,

4. P. Par les mêmes raisons , plus est grande la disproportion entre les deux masses de ?'ichesses, 7noins il est probable qu^ il existe une disproportion également gfande entre les masses cqrrgspondantes de bonheur,

5. P. Plus la proportion actuelle approche de V égalité ^ plus sera grande la masse totale (fe bonheur.

Il ne faut pas borner ce qu^on dit ici de la richesse à la condition de ceux qu'on appelle riches. Ce mot aune signification plus étendue* 11 embrasse tout ce qui sert à la subsistance, comme à l^bondance. Cest pour abréger qu'oq a dïl^portion de richesse , au lieu de dire portion de la matière de la richesse.

J*aî dit (\\x%j}our .chaque poi^ion de richesse on avait une certaine portion de bonheur. Pour parler exactement, il faudrait dire une certaine chance de bonheur. Car l'efficacité fl'une cause de bonbeur est toujours précair^, ou, en d'autres termes, une caqse de bonheur n'a pas «on effet ordinaire ni le même effet sur tous, les indiviilqs. C'est ici qu'il faut appliquer ce que nous avons dit de leur ecnstbilité particulière , de leur caractère , et de 1^ variété ^cles circonstances où ils se trouvent.

La secoudô proposition découle de la première. Entre deux individus, celui qui a le plus de richesses a le plus de bonheur ou de chance de bonheur. C'est une vérité de fait dont la preuve est dans l'expérience de tout le .monde. J'en attesté le premier qui voudrait en douter. Qu'il donne ce quMl a lie superflu au premier venu qui le lui demande : car ce superflu dans son systèmÇ n'est que du sable dans ses mains, c'est un fardeau et rien de plus. La manne du désert se corrompait lorsqu'on en amassait plus qu'on n'en pouvait consommer. Si de^ème la richesse, passé un ccdain point, était nulle' pour le bonbeur , personne n'en voudrait, et le désir d'accumuler aurait^n terme connu.

La troisième proposition sera moins contestée. Mettez d'une part mille paysans, ayant de quoi vivre et même un peu d'abondance. Mettez de Tauti^e part un roi, ou, pour faire abstraction des soins du gouvernement, un "prince bien apanage, aussi riche ë lui seul que tous ces paysans pris ensemble. Je dis qu'il est probable que sou bpnheur est plus grand que le bonheur moyen de chacun d'eux , mais non pas égal à la somme totale de toutes ces

petites masses de bonheur; ou, ce qui revient au même , je dis que son bonheur ne sei-a pas mille fois plus grand que le bonheur moyen d'un seul ^'entre eux. Si la masse de son bonheur se trouvait dix fois et même cinq fois plus grande, ce sertfft encore beaucoup. L'homme qui est né dans le sein de l'opulence, n'y est pas sensible comme celui qui est l'artisan de «a fortune. C'est le plaisir d'acquérir, et non* la saiisfaction de posséder, qui donne les plus grandes jouissances. Le premier est uA sentiment vif, aiguisé par les désirs, par les privations antorieufes , tiui .«'élance vers des biens inconnus : l'autre est un spnljment faible, usé par l'habitude, qui n'est point janlmé par les contrastes, et qui n'f ropruntt rien de Fimagination.

fl. Passons au fleuxième cas : examinons l'effet (fune portion de richesse, lorsqu'elle va entrer pour la première fois dans les mains d'un nouveau possesseur. Observez qu'il faut faire abstraction de l'attente : il faut supposer que cette augmentation dq. fortune survient inopinément , coinme un don du hasard.

1. Prop. u4 force d'être divisée, une portion i de Richesse peut être réduite au point de ne pf^duire de bonheur pour aucun des coparla- , géants. C'eèt ce qui arriverait, rigoureusement 1 parlant, si la portion de chacun était moindre que

la valeur de la plus petfte monâaie connue. Mais . il n'est paS besoin de porter les choses à cet eictrétoer pour que la proposition soit vraie.

2. P. Entre copartageants à fortuites égalas , plus là ai^tributiên d'unie portion de ridkèssc laissera subsister cette ég alité, plus grande sera ' la mcfssse totalg du bonlieur, • i

^. P. Entre copartmgeants à fortunes inégahê^ plus la distribution contribuerait à les apptxf- Sher de Vêgalité, plus grande serait la masse totale du bonheur,

III. Passoiis au troisième cas. U s'agit d'examiner j l'effet d'une porlron'd^ richesse q«i va sortîi'des- j mains des intéressés. -— 11 faut entorc faire abstrj^Xjj tion de l'attente, supposer la perte inopinée; et 71 une perte l'est presque toujours, parce que t^ut " 1 homme s'attend naturellement à conserver ce qu'il a^. Cette attente est fondée sur le cours ordinaire des choses; car, à prendre la masse totale dtt hommes, non-seulement oi^conserve la Mcfaesse acquile, mais encore on l'augmente. La pretive «st dans la différence entre la pauvreté primitive de chaque société et la richesse actuelle.

1 . Prop. La défalcation d'une portion de fichesse produira da?is la masse du bonheur 0e ûhaq^e individu une défalcation plus ou mffihm grande, en raison du rapport de la partie dfefalquée à la partie restante.

PROPOSmOiNS DE PATHOLOGIE.

Olez-Iui le quart de*sa fortune , vous lui àiez le qoart de son bonheur, et ainsi de suite *.

la» U est des cas où la proportion ne serait plus la même. Si en m*ôtanl les trois quarts de ma for- Inné fous entamez mon nécessafre physique, et qu'en ro'6tant la moitié voQs laissiez ce nécessaire intact, la défalcation de boflfheur ne sera pas simplement la moitié en sus, mii\§ le double, le quadruple, le décuple : on ne sait où s'arrêter.

I. P. (Cela posé.) J fortunes égale» j plus est candie nombre de personnes entre lesquell^ une perlé donnée se trouve réjufxrlie^ moiûs est considérable la défalcation qui en résulte à la masse totale du bonheur,

3, P. Parvenu à un certain point, la répartitim rend Ws quote-parts impalpables, La défalcation faite à la masse du bonheur devient nulle, I. V, A fortunes inégales, la défalcation en ionheur produite par une défalcation en richesse, serait d'autant moindre que la dist?ûbuiion de la perle serait fmte de manière à les rapproéher le plt^ possible de l'égalité, (Abstraction l^ite des in A>nvénients attachés ^ la violation de la sûreté.)

Les ^ourernements , profitant d|/ progrès des lumières, ont favorisé à plusieurs égards les principes de Tégalîté dans la répaiijtion des pertes. (Tesi ainsi qu'ils ont mis sous la sauvegarde des loiscespureaux d'assurance, ces contrats si utiles, par lesquels I<«s particuliers se cotisent d'avance pour faire face à des pertes possibles. Le principe de l'assurance, fondé sur un calcul de probabilités, n'est que Part de distribuer les pertes sur un assez grand non^hre d'as^ciés, pour les rendre trèslégères et presque nulles.

le même esprit a dirigé les princes , lorsqu'ils ont dédommagé, aux dépens de PÉtat, ceux de trars sujils qui avalent souffert, soit par des calamités ^bliques , soit par les dévastations de la guerre. Rien de plus sage et de mieux entendu à c(t égard que l'administration du grand Frédéric. Ce^ un des plus beaux points de vue sous lesquels on puisse considérer Part social.

On a fait quelques tentatives pour indemniser les Pârt^Iiers des pertes causée^ar desdélits de la part éts malfaiteurs. Les exemples de ce genre sont en- <oft{^ès-rares. C'«stun objet qui mérite l'attention ^législateurs, car c'est le moyen de rédtire presque ^HfiD le Wdl des délits qui attaquent la propriété. Hf 'te système doit être modifié avec beaucoup de soîàpoor ne pas devenir nuisible. Il ne faut pas favo-

t*CM4 ce cfyef qtï'li faut rapporter le mal du gros jeu. ! di^lp'Çbaoctff eo fliit (Pargeni soient égales, les chances ' V fidi êg^hotih€ûr sont toiijours défavorables. Je possède B9ljl|^n«s. L^yjtu eà de cinq cents. Si je perds, ma for- ^

riser l'indolence , l'imprudence , qui négligeraient les précaulioQS contre les délits, clans la certitude d'en obtenir un dédommagement ; et il faut encore plus redouter la fraude, les connivences secrètes, qui supposeraient dos délits et les feraient naître pour usurper Pindemnilé. L'utilité de ce remède dépendra dodo de la manière dont il sera administré. Mais il n'y a qu'une indifférence coupable qui puisse rejeter un moyen si salutaire , pour s'épargner la peine d'en séparer les inconvénients.

L&i {principes que nous avons posés pourraient également servir à régler la distribution d'une perte eQjlre plusieurs personnes chargées d'une responsabilité cQjnmune. Si leurs contributions respectives suivent la quantité Respective de leurs fortunes, leur état relatif sera le même qu'auparavant; mais si l'on veut saisii' cette occasipn pour se rapprocher de l'égalité, il faut adopter une proportion différente. Les imposer tous également sans égard à la différence de leurs fortunes, ce serait un troisième ply, qui ne s'accorderait ni avec l'égalité ni même avec la sûreté.

^ Pour mettre ce sujet dans un plus grand jour, je vais présenter uu cas composé , où il s'agit de décider entre deux individus, dont l'un demande un profit aux dépens de l'autre. 11 s'agit donc de déterminer l'effet d'une portion de richesse qui, pour passer dans les mains d'un individu en forme de gain , doit sortir des mains d'un autre en forme de perle.

1. Prop. Entre des compétiteurs à fortunes égales, ce qui sera gagné par l'un devant être perdu par l'autre, la disposition qui lai9serait la plus grande somme de bonheur, serait celle qui favoriserait le défendeur à Vexclusion du demandeur.

Car, l«la somme à perdre ayant un plus grand rapport a la fortune r^éduite que la mèifie somme à la fortune augmentée, la diminution de bonheur pour PuD est plus grande que ne serait l'augmentation de bonheur pour l'autre. En un mot , l'égalité serait violée parla disposition contraire. (Toye^c la note^ur le jeu : Iç cas est exactement semblable.)

2° Le^ perdant éprouverait une peine d'attente trompée, l'autre est simplement dans le cas de ne pas gagner. Or le mal négatif de ne pas acquérir n'est point égal au mal positif de perdre. (S'il en était autrement , chaque komme éprouvant ce mai pour tout ce qu'il n'acquerrait pas, les causes du malheur étant infinies, l'homme devrait se trouver infiniment malheureux.)

tune est diminuée de moitié : si je gagne , elle n'est aug-

mcDléc que d'un tiers. Supposons Penjeu de raille livres. Si

je gagne, mon bonheur n'est pas doublé avec ma fortune: si

e perds, mon bonheur est détruit, je suis dans l'indigence.

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