CHAPITRE VI
WM)«)SITI02«S DE P.%TB0L0<H£ SUR LESQUELLES SE FONDE LE BIEN DE l'ÉG ALITÉ.
Falfaoiogie est un terme usité en médecine ; il ne I est pas dans la morale , où il est également néces-
saire, y ap^eWe pathologie Véiude ^ la connaissance des sensations, des affections, des passions et de leurs effets sur le bonheur. La législation, qui jusqu'ici n'a été fondée en grande partie que sin* le terrain mouvant des préjugés et de l'instinct, doit enfin s'élever sur la base inébranlable des sensations et de l'expérience. Il faudrait avoir un thermomètre moral , qui rendit sensibles tous les degrés de bonheur ou de malheur. C'est un terme de perfectioa qu'il est impossible d'aiteiridre , mais qu'il est bon d'avoir devant les yeux. Je sais qu'un examen scrupuleux du plus on du moins , en fait de peine et de plaisir, paraîtra d'abord une entreprise minutieuse. On dira qull faut agir en gros dans les affaires humaines, et se coiUenter d'une vague approximation. C'est Fe langage de l'indifférence ou de l'incapacité. Les sensations des hommes sont assez régulières pour devenir l'objet d'une science et d'un art. Et jusque-là , on ne verra que des essais , des tâtonnements , des efforts irrégulîers et peu suivis, La médecine a pour base des axiomes de pathologie physique. La morale e^t la médecine de l'âifle ; la législation en' est la partie pratique : elle doit avoir pour base des axiomes de pathologie mentale. •
Pour juger de l'effet d'une poi*tion de richesse sur le bonheur, il faut la considérer dans trois états différent^.
1** Lorsqu'elle a toujours été dans les mains des intéressés.
2» Lorsqu'elle vient d'eu sortir,
5<» Lorsqu'fille vient d'y entrer.
Qàservatwn générale* Quand on parle de l'effet d'une portion- de richesse sur le bonheur , c'est toujours abstraction faite de la sensibilité particulière des individus et des circonstances extérieures où^ls peuvent se trouver. Les différences de caractère sont inscputable^ , et la diversité des ch*constances est telle qu'elles ne sont jamais les mêmes pour deux individus. Si Ton ne commençait par écarter ces deux considérations, il serait impossible défaire aucune proposition générale. Mais quoique chacune de ces propositions puisse se trouver fausse ou inexacte dans tel cas particuliei% on n'en peut rien conclure contre leur justesse spéculative ou contre leur utilité 'pratique. C'est assez pour leur justification , 1*» si elles approchent plus de la vérité que toutes auti*es qu'on pourrait leur subsliloer ; 2*» si elles peuvent avec moins d'inconvénient que toutes autres serNirde base au législateur.
1. Passons maintenant au premier cas. Il s'agit d'examiner l'effet d'une portion de richesse lorsqu'elle a toujours été dans les mains des intéressés.
1 . Prop. Chaque portion de richesse a unepor^ lion correspondante de bonheur.