ET D'UNE TRIBUNE POUR LES ORATEURS
oaturellement placés aux deux côlés de la salle. Le premier banc, à la droite de l'orateur, qu'on appelle le banc de la trésorerie, est occupé par les ministres et les autres personnes en place ; mais c'est une affoire de courtoisie et non de droit. Le premier banc à sa gauche est celui où siègent les principales personnes du parti de l'opposition.
Il y a une seule exception à cette liberté des places, exception louable dans le principe , mais trop rare dans la pratique ponr créer un inconvénient. « Il est entendu , dit M. Hatsell, que les membres qui ont reçu les remerclments de la chambre dans leur place y ont droit à cette place, au moins pendant la durée de ce parlement , et elle leur est généralement allouée *par la courtoisie de la chambre. » (Hatsell, 07.)
Dans la chambre haute, différents bancs sont appropriés de droit à différents ordres, un aux évèques , un autre aux ducs , etc. ; mais ces appropriations sont fort peu observées.
Les états de Hollande et de West-Frise s'assemblaient dans une salle où, à en juger par le local , la fixation des places devait être de rigueur. Chaque ville avait son banc ou sa part de banc. Les places étant toutes occupées , on ne pouvait en changer sans occasionner quelque dérangement. Quant aux inconvénients qui devaient en résulter, c'est une matière à conjecture , et rien de plus , car tout se passait en secret dans les assemblées bataves. On n'y a jamais connu cette liaison essentielle entre la Hberté et la publicité, qui se maintiennent l'une par Taiiire.
Cet arrangement libre est favorable à l'égalité , dans un cas où l'égalité , ne pouvant nuire à personne, est justice. Prévenir des disputes de préséance, prévenir ces vaines contestations d'étiquette, qui ont si misérablement absorbé l'attention des assemblées politiques, ce serait déjà un grand bien ; mais corriger la disposition même qui fait attacher de l'importance à ces distinctions , est un avantage bien supérieur. Pour exécuter ce plan d*injures graduées , on commence par supposer qu'une place est préférable à toute autre , et que l'occuper est une marque de supériorité. Ce système d'insultes qui vont régulièrement en croissant de la première place à la dernière, est ce qu'on appelle ordre, subordination , harmonie ; et ces distinctions honorifiques , c'est-à-dire ces gradations d'affronts reçus et rendus avec privilège, sont ordinairement envisagées avec plus de respect , et défendues avec plus d'opiniâtreté que les lois les plus importantes.
C'est là une cause de contentions et de petitesses qu'il faut exclure d'une assemblée politique. Les distinctions de places et les disputes de rang y doivent être inconnues. Mérita sua 4eneanf auc-
tores : nec ultra progrediatur honos quant reperiatur virtus.
En Angleterre , on entend parler quelquefois d'une querelle de préséance , mais ce n'est jamais que dans des assemblées d'amusement , entré des ^mmes , et seulement entre elles. Si ces démêlés parviennent jusqu'aux hommes, ils n'y prennent part que comme à un sujet de plaisanterie.
Y aura-t-il une place assignée à ceux qui parlent?
Pour répondre à cette question , il faudrait avofr deux données, la forme et la grandeur de la salle « et le nombre des députés.
Dans une assemblée nombreuse , l'orateur est mieux entendu en parlant d'une tribune placée près du centre, et visible à lou». Le débat, miaix suivi , cause moins de fatigue. C«eux qui ont la voix faible ne sont pas obligés de la forcer pour se faire entendre aux extrémités ; et c'est une considération qui n'est pas à dédaigner dans une assemblée politique où il doit y avoir une grande proportion d'hommes èi^éi et studieux.
La police y gagne. Si chacun peut parler de sa place , il y a tout au moins danger de confusion ; il est plus difficile au président de prévenir les interruptions irrégulières» La nécessité d'aller à la tribune arrête une foule de propos insignifiants et précipités; c'est un acte délibéré qu'op" ne fait qu'après avoir réfléchi sur ce qu'ion veut dire : il faut se mettre en scène , et il est ridicule d'appeler l'attention sur soi quand ou n'a rien à dire qui soit digne de cette attention.
D^ailleurs , dès qu'il y a une tribune établie pour être le lieu de la parole , tout le reste de l'assemblée doit être sous la loi du silence. Si quelqu'un parle hors du lieu privilégié , il commet une irrégularité sensible , et il est aussitôt rappelé à l'ordre.
La tribune présente enfin uu certain avantage d'impartialité. Si l'assemblée , selon la disposition de tous les corps politiques, se forme en deux partis, chacun tend naturellement à se cantonner dans une portion de la salle. Si chacun parle du sein de son parti , on sait d'avance dans quel sens il va parler ; mais il y a toujours des hommes plus oir moins impartiaux et indépendants. — Il est bon d'appeler tous les membres à parler d'une tribune , la même pour tous, qui ne présente pas l'association de l'individu avec le parti auquel il tient. Je sais que ce moyen ne va pas loin , parce que tous les individus se connaissent bientôt les uns les autres; mais il n'en est pas de même par rapport au public qui les écoute , et qui est dérouté quand il est appelé à juger l'orateur sur ce qu'il dit , et non d'après la place d'où il parle.
C'est une gêne, dira-t'on, et cette gêne peut