‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 418 sur 547 · DE L'ADMISSION DES ÉTRANGERS · texte numérisé non relu

DE L'ADMISSION DES ÉTRANGERS

public aux séances de l'assemblée , et nous avons indiqué les cas d'exception. Le nombre admis doit être aussi grand que possible , sans nuire à la facilité de parler et d'entendre : considération majeure qui réduit la salle à des dimensions beaucoup plus petites qu'un théâtre ordinaire, car on ne peut pas exiger d'un député du peuple la force de ?oix et la déclamation d'un acteur.

L^expérience de la France a fait voir d'autres dangers dans un nombre de spectateurs égal ou supérieur à celui de l'assemblée. 11 est ?rai que ces dangers auraient pu être prévenus par une police sévère , mais cette police est plus difficile à maintenir à proportion que le nombre est plus grand. D'ailleurs, il est des hommes qui s'enivrent de la popularité du moment ; ils s'occuperaient plus de l'audience que de l'assemblée, et la discussion pourrait prendre une tournure plus favorable aux mouvements oratoires qu'aux preuves logiques.

Il conviendrait , dans la distribution de ces places, d'allouer une tribune particulière aux tachygraphes; une autre aux jeunes élèves qui étudient les lois , et qui trouveraient là une école et des modèles ; une autre à des magistrats , dont la présence peut être doublement utile. Il faudrait mettre aux ordres du président des places de réserve pour des ambassadeurs et des étrangers , qui remporteraient de ce spectacle des impressions avantageuses pour la nation et fructueuses dans de bons esprits. Cynéas sortit de Rome plus frappé de respect par la vue du sénat , qu'il ne l'eût été par toute la magnificence de la cour de Perse.

Par rapport aux places dans la tribune publique, elles devraient être payées. C'est l'arrangement le plus favorable à l'égalité, dans un cas où l'égalité est justice. Si vous les laissez prendre aux premiers venus , dans les jours d'affluence , vous aurez un grand nombre d'aspirants trompés dans leur attente. Les plus forts et les plus grossiers auront tout l'avantage dans ce concours ^. La galerie sera composée des spectateurs qui ont le moins à profiter par les discussions , et le plus à perdre par la cessation de leurs travaux. Leur nombre et leur défaut d'éducation pourraient souvent les porter à braver l'assemblée , à troubler les débats par leurs approbations ou leur^murmures.

Si la disposition des billets était dans les mains du gouvernement , on ne manquerait pas de l'accuser de partialité et d'intention dangereuse. Voilà, dit-oo , les ministres qui nous entourent de leurs créatUTM pour gêner nos délibérations , etc.

f «Ce fut longtemps un métier pour des hommes du peuple, de s^emparer de bonne heure des places dans la tribune de rassemblée nationale , pour Jes fendre.

* Tout cela s'eit concilié en Ansleterre par un usage non

Ce sujet de mécontentement serait écarté , en donnant les billets d'admission aux meinbres euxmêmes , et je n'y vois qu'un seul inconvénient , celui de resserrer la prérogative de la publicité au lieu de l'étendre, de faire dégénérer en faveur personnelle un droit commun , et d'aller ainsi contre le principe de l'égalité sans aucun avantage <.

Un prix d'entrée réunit toutes les conditions : c'est une mesure imparfaite, il est vrai, mais la seule possible , de la valeur qu'on attache à cette jouissance ; et c'est aussi la preuve d'un état qui garantit une bonne espèce de spectateurs.

Ce moyen , je l'avoue , n'est pas noble , mais l'emploi des produits pourrait l'ennoblir. Quant aux bons mots empruntés du dictionnaire du théâtre , il ftiut s'y attendre et s'y résigner.

Doit-on admettre les femmes? Non. J'ai hésité, j'ai pesé les raisons pour et contre , je répugnais à un éloignement qui paraît un acte d'injustice et de mépris. Mais les craindre, est-ce les mépriser? Les écarter d'une assemblée où la tranquille et froide raison doit régner seule, c'est un aveu de leur influence qui ne saurait blesser leur orgueil.

Les séductions de l'éloquence et du ridicule sont des moyens dangereux dans une assemblée politique. Admettez les femmes, vous donnez un nouveau degré de force à ces séductions. Devant ce tribunal dramatique et passionné , une discussion qui n'aura de mérite que la justesse et la profondeur, ne fera au vrai sage qu'une réputation de dissertateur ennuyeux. Toutes les passions se touchent et s'allument réciproquement. Le droit de haranguer ne sera souvent qu'un moyen de plaire ; et le premier moyen de plaire à la sensibilité des femmes , c'est de montrer une âme susceptible d'émotion et d'enthousiasme. Tout sera sur un ton exalté , brillant ou tragique. On voudra partout du mouvement et des images. Il faudra parler de la liberté dans un style lyrique, et faire des hymnes sur les grands événements qui exigent le plus de calme. Il n'y aura de prix que pour les choses fortes et hardies , c'est-à-dire pour les avis imprudents et les mesures extrêmes.

Chez les Anglais où les femmes ont si peu d'influence sur les afi^aires politiques , où elles aspirent si peu à s'en mêler , où les deux sexes sont dans l'habitude de se séparer même après les repas familiers, on ne permet pas qu'elles soient présentes dans les débats parlementaires; on les a exclues de la chambre des communes, d'après l'expérience et en connaissance de cause. On avait

autorisé, mais établi. Une petite somme donnée aux huissiers vous introduit dans la galerie, aussi bien qu*un billet d*un membre.

Page 1