CHAPITRE XXXIV
DES FOBMULES.
Les formules sont les modèles de ce qui doit être dit à chaque occasion par Tindividu auquel on prescrit de s'expliquer d'une certaine manière. On ne peut guère déterminer d'avance de quelles formules une assemblée peut avoir besoin. Il en faudra plus ou moins, selon sa constitution, selon le nombre de ses membres, selon la nature de ses pouvoirs.
Il faut, par exemple, que le président prenne toujours les voix de la même manière, en employant les mêmes expressions ; que les membres de l'assemblée fassent usage des mêmes termes pour présenter les propositions, pour requérir l'exercice de tel ou tel de leurs droits, etc. , etc.
Tout ce qui n'est pas nécessaire dans les formules y est pernicieux. Clarté et brièveté ^ voilà leurs qualités essentielles. Les orner aux dépens de la précision , c'est les défigurer.
Non-seulement les formules abrègent, elles ont encore une utilité supérieure ; elles empêchent les variations qui peuvent avoir quelque objet caché , et surtout elles préviennent des disputes. En Angleterre, la sanction royale est toujours exprimée par le même mot : Le roi le veut; et s'il rejetait un bill, la formule du refus est également déterminée : Le roi 8*avisera,
Les formules juridiques n'ont que trop mérité le reproche qu'on leur fait presque partout , d'être en même temps vagues et prolixes, de pécher par omission et par excès.
Leur prolixité s'explique aisément dans tous les cas où les hommes de loi ont pu trouver, dans l'entassement des paroles , un prétexte pour se rendre nécessaires, pour mettre leurs services à uif plus haut prix. Quand l'esprit fiscal s'est introduit dans la procédure , on a fait un trafic des mots : on a donné plus d'étendue aux formules pour en tirer plus de profit.
11 est des cas où on a cru devoir proportionner le volume des paroles à l'importance du sujet. Expédier une matière grave en deux ou trois mots,
ce n'était pas s'en faire une idée assez haute ni la traiter assez dignement. Erreur de petit osprit. Les pensées sublimes sont rendues par un seul trait.