‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 42 sur 547 · HE LA SÛRETÉ · texte numérisé non relu

HE LA SÛRETÉ

Nous sommes arrivés à l'objet principal des lois: le soin de la sûreté. Ce bien inestimable , indice distinclif de la civilisation , est entièrement l'ouvrage des lois. Sans lois , point de sûreté : par conséquent, point d'abondance, ni même desobsistance certaine. Et la seule égalité qui puisse exister en cet état , c'est l'égalité de malheur.

Pour estimer ce grand bienfait dje la loi, il ne faut que considérer l'état des sauvages, lis luttent sans cesse contre la famine : elle moissonne quel- <luefois en peu de jours des peuplades entières. La rivalité des subsistances produit parmi eux les guerres les plus crueltes , et l'homme poursuit l'homme comme les bètes féroces pour s'en nourrir. La crainte de celte horrible calamité fait taire chez eux les plus doux sentiments de la nature : la pitié

* 11 ne s'ensuit pas que la somme du mal Pemporle sur celle du bien : non-seulement le mal est plus rare , mais U est accidentel , il ne découle pas comme le bien de causes constantes el nécessaires ; et jusqu'à un certain point il est

s'allie à l'insensibilité pour •donner la mort aux vieillards qui ne peuvent plus suivre leur* proie... Examinez encore ce (fui se passe dans ces époques terribles où les sociétés civilisées rentrent presque dans l'état sauvage , c'est-à-ilire , lorsque, dans la guerre , les lois* qui font la sûreté sont en partie suspendues. Chaque instant de sa durée est fécond en calamités^ A chaque pas qu'elle imprime sur le globe, à chaque mouvement qu'elle fait,' la masse existante de la richesse , le fonds de l'abondance et de la subsistance, décroît et dépérit. Les chaumières sont ravagées comme les palais. Et combien dfe fois la rage ou même le caprice d'un moment n'ont-iïs pas livré à la destruction le produit lent des travaux d'un siècle?

La loi seule a fait ce que tous les sentiments naturels n'auraient pas eu la force de faire. La loi seule peut créer une possession fixe et durable qui mérite le nom de propriété. La loi seule peut accou-. tumer les hommes à courber la tête sous le joug de la prévoyance , d'abord pénible à porter, mais ensuite agréable, et doux. Elle seule peut les encourager à un travail superflu pour l^résent, et dont ils ne jouiront que dans l'avenir. L'économe a autant d'ennemis^qu'il y a de dissipateurs, ou d'hommes qui veulent jouir sans se donner la peine de produire. Le travail «st trop pénible pour la paresse : il est trop lent pour l'impatience. La ruse et l'injustice conspirent sourdement pour s'en approprier les fruits ; l'insolence et Taudace méditent de les ravira force ouverte. Ainsf partout la sûreté "chancelle ; toujours menacée , jamais traftquille , elle vit au milieu des embûches. H faTit au législateur une vigilance toujours soutenue, une puissance toujours en action pour la défendre contre cette foule renaissante d'adversaires.

La loi ne dit pas à l'homme : Travaille , et Je te récompenserai; mais elle lui dit : Travaille , et les fruits de ton travail, cette récofnpense naturolle et suffisante que sans moi tu ne pourrais conserver, je t'en assurerai ta jouissance ,. en arrêtant la main gui voudrait les ravir. Si l'industrie crée , c'est la loi qui conserve : si au premier moment on doit tout au travail, au second moment et à tout autre, on est^edevable de tout à la loi.

Pour se fah'e une idée nette de toute l'étendue qu'il faut donner au principe de la sûreté, il l^ut considérer tjue l'homme n'est pas, comme les animaux, borné au présent, soit pour souffrir, soit : pour jouir, mais qu'il est susceptible de peines et de plaisirs par anticipation , et qu'il ne suffirait pas

en notre pouvoir d'éloiçner le mal et d'allircr le bien. Aussi un sentiment de confiance au bonheur prévaut sur la cratnie dans ta nature huQiaine.On le voit p;ir le succès des ,; loteriet.

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