‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 439 sur 547 · I. DO SOPHISMB EN GÉNÉUL · texte numérisé non relu

I. DO SOPHISMB EN GÉNÉUL

le sophisme est an argument faux revêtu d'une forme plos ou moiog captieuse. Il y entre toujours quelque idée de subtilité , quoiqu'il nMmplique pas nécessairement celle de mauvaise foi. On peut remployer en se trompant soi-même , comme on peut débiter de la fausse monnaie que Ton croit bonne.

Entre errmn' et sophisme, il y a une différence facile à saisir. Erreur désigne simplement une opinion fausse; sophisme àé^igne anssi une opinion fausse, mais dont on fait un moyen pour an bat. Le sophisme est mis eu œuvre pour influer sur la persuasion d'autrui f)t pour en tirer quelque résultat. Ainsi , Terreur est Tétat d'une personne qui entretient une opinion fausse ; le sophisme est un instrument d'erreur.

Parler dn l>on vieux temps, croire que les anciens, comme anciens , étaient plus sages , plus habiles que les hommes d'aujourd'hui, ce sera, par exemple, une erreur vulgaire. Se prévaloir de ce préjugé, s'en servir pour combattre des innovations utiles ou pour défendre des institutions vicieuses, ce sera un sophisme.

Chaque sophisme a son caractère particulier, mais ils ont tous un caractère commun , celui d'être élrangers à la qwslion. — La question , dans une assemblée politique, doit toujours être celle-ci : La mesure proposée est-elle bonne ou mauvaise? Il s'agit de calculer ses effets , de comparer les biens et les manx qu'elle peut produire : autant de biens , autant d'arguments en sa faveur ; autant de maux , autant d'arguments contre elle. Le sophisme allègue pour ou contre une loi toute autre chose que la considération de ses effets; il tend à détourner l'esprit de ce point de vue , à lui en substi tuer quelque autre, et à juger la question sans égard à son mérite intrinsèque ^

Pour bien faire comprendre ceci, je donnerai un exemple tiré du barreau. Dans une cour de justice, où h question serait l'innocence ou le crime d'un accusé , le sophiste, an lieu d'examiner les preuves du fait, se jetterait sur l'ancienneté de la famille de l'individu , sur les services de sel ancêtres , sur la gloire dont ils se sont couverts, sur la fortune qu'il possède et l'nsage qu'il en a fait, sur la faveur de l'opinion publique, sur les re-

' Voyez Traités de législation , Des fausses manières de raisonner en matière de législation^ p. 39 de ce vol.

commandations du prince, sur les erreurs des tribunaux, sur l'incertitude des preuves en général; et il composerait un plaidoyer tiré de considérations dont aucune ne se rapporterait directement au fait dont il s'agit.

D'après ce caractère, commun à tous les sopbismes, on peut anticiper les conclusions suivantes, qui seront justifiées par l'examen de chacun d'eux en particulier.

l"" Les sophismes fournissent mie présomption légitime contre ceux qui s'en servent. Ce n'est qu'au défaut de bons arguments qu'on peut avoir recours à ceux-là.

2o Par rapport à de bonnes mesures , ils sont inutiles ; du moins, ils ne peuvent pas être nécessaires.

3* Non -seulement on peut les appliquera mauvaise fin , mais c'est leur destination la plus commune.

4'' Ils entraînent toujours une perte de temps et un affaiblissement d'attention pour les objets que l'on discute.

5« Ils supposent, de la part de ceux qui les emploient ou qui les adoptent , un défaut de sincérité ou un défaut d'intelligence.

G*" Plus ils sont suspects de mauvaise foi , plus ils ont, si je puis m'exprimer ainsi , une propriété irritante. Ils prennent souvent un caractè;re de mépris et d'insulte , et tendent à produire des débats pleins d'aigreur.

Le mal des sophismes peut se diviser en deux branches , mal spécifique, mal général.

Par le mal spécifique , j'entends l'effet immédiat de tel sophisme contre une bonne mesure ou en faveur d'une mauvaise.

Par le mal général , j*entends cette dépravation morale ou intellectuelle que produit l'habitude de raisonner sur de faux principes , ou de se jouer de la vérité même, en pervertissant la plus noble faculté de l'homme.

S'agit-il de délibérations qui aient de la pubileité , le mal du sophisme ne se borne pas à son opération sur l'assemblée : il en résulte de plui uo mal'eittarne, celui qui se répand dans le public , selon le degré d'influence que le sophisme exerce.

Le résultat s'oflire 'de lui-même. A proportion de ce qu'on fait pour détruire ou affaiblir ces moyens d'erreur, on donne ii l'intelligence publique un plus haut degré de force, et à la morale publique une plus grande pureté. On place toutes les institutions utiles sous la sauvegarde de la raison , et l'on prépare pour le gou vemement le succès de toutes les bonnes mesures.

INTRODUCTION

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