‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 443 sur 547 · SOPHISME DE L'AUTORITÉ · texte numérisé non relu

SOPHISME DE L'AUTORITÉ

(les deux cas, c*est-à-dire celui dont il s^agit et celui où Topinion alléguée a été rendue ; 4<> la fidélité des intermédiaires qui Font transmise; fidélité qui consiste dans, un rapport exact et complet de celte opinion.

Telles sont les circonstances dont dépend la force légitime de Tautorité : telles sont les sources où Ton puise les raisons pour ou contre.

L'intelligence paraîtra en défaut , — s'il y a eu l*" insuffisance par rapport aux motifs d'attention ; S<> insuffisance par rapport aux moyens dMnformation ; — si , à raison de la distance des temps ou des lieux, la personne que Ton cite comme autorité n'a pu acquérir une instruction complète, relative â la chose, — etc.

La probité paraîtra en défaut, ou même elle sera suspecte, si la personne était soumise à Finfluence de quelque intérêt séducteur : car alors on peut présumer que son opinion déclarée n'était pas conforme à son opinion réelle , ou que cette opinion s'était formée, non d'après la raison, mais d'après l'intérêt : en effet, dès qu'il y a un intérêt séducteur qui opère, l'intelligence n'agit pins impartialement; elle ne considère plus les deux côtés de la question avec la même attention ; elle rejette les faits et les arguments qui l'inquiètent, et ne s'attache qu'à ceux qui s'accordent arec son inclination. C'est dans ce sens qu'on a très-bien dit u que l'esprit est «( la dupe du cœur. »

Pour ce qui concerne l'instruction ou la connaissance sur un objet donné, il est probable qu'elle sera d'autant plus exacte et d'autant plus complète que l'individu aura eu plus de moyens et plus de motifs pour l'acquérir.

Par ces deux raisons , l'autorité la plus probante est l'autorité professionnelle ou scientifique , c'està-dire celle des hommes qui ont fait leur état , leur profession d'un art ou d'une science. Ils ont , en général, les plus puissants motifs d'intérêt, d'honneur et d'inclination pour ne négliger aucun des moyens d'acquérir les connaissances relatives à leur état. Un jugement erroné de leur part, s'il est reconnu pour tel, peut faire une brèche à leur réputation , et par là même nuire à leur avancement dans le monde.*

Au second degré de cette échelle je place l'autorité qui est dérivée du pouvoir, Plus^un individu possède de pouvoir politique, plus l'autorité de son opinion dans les matières qui le concernent se rapproche de l'autorité professionnelle, eu égard aux facilités que sa situation lui fournit pour obtenir les informations nécessaires.

Au troisième degré, vient Tautorilé qui dérive de Vopûlence. — L'opulence étant un instrument qui facilite, à tout âge, les moyens d'information ,

donne naturellement du crédit aux opinions de la classe qui en jouit.

Vient ensuite l'autorité dérivée de la rëputaUon; je n'entends pas la réputation spéciale , relative à un art ou à une science qui n'est autre que l'autorité des experts, mais la réputation générale, celle de quelque mérite supérieur qui est une des causes naturelles de respect.

Observez que de ces autorités , la première est la seule qui possède une force persuasive légitime, c'est-à-dire qu'elle seule , par rapport à l'information, réunit les motifs et les moyens. Dans les autres cas , quels que soient les moyens que possède un homme, en vertu de sa situation , il ne s'ensuit pas qu'il ait eu les mottfs, c'est-à-dire des motifs assez forts , assez persévérants pour se mettre en possession des moyens.

Au contraire, plus un individu s'élève dans l'échelle du pouvoir ou de l'opulence , plus il est sujet à baisser même au-dessous du niveau commun, par rapport aux motifs de travail et d'application. Pourquoi? C*est que plus il possède, plus ses désirs sont dans un état de saturation , si j'ose employer cette expression de chimie , moins il lui reste de ces désirs non satisfaits qui opèrent sur l'esprit en qualité de motifs, qui lui servent d'aiguillon pour vaincre les difficultés de l*(tude.

Mais si l'opinion des experts forme une base légitime d'autorité , c'est toujours dans la supposition d'une probité parfaite de leur part , de cette branche de probité qui consiste en sincérité : toujours dans la supposition qu'il n'existe point dintérêt oblique, agissant sur leur opinion pour la pervertir.

Dans le cas contraire, lentendement de l'individu étant soumis à Finfluence d'un intérêt séducr teur, plus la masse d'information qu'il possède est grande , moins son opinion doit avoir d'autorité. Si elle doit servir de guide , ce n'est que dans un sens inverse.

Supposez, par exemple, une question relative aux salaires ou aux récompenses pour les services publics , l'opinion de tout homme actuellement en office ou en attente d'office, non-seulement n'est pas égale en autorité, mais elle est inférieure à l'opinion de tout individu sans intérêt personnel à la question. L'autorité des intéressés n'est pas, dans le langage mathématique , égale à 0 : elle est négative , elle est au-dessous de 0 , en tant qu'elle fournit une raison en faveur de l'opinion contraire.

Supposez, de même, une question relative à la réforme de la procédure , tendant à la rendre plus expéditive, plus économique, moins vexatoire ; l'opinion d'un homme de loi qui s'enrichit par les vices du système judiciaire, n'est pas égale à 0 ; mais dans

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