SOPHISME DE L'AUTORITÉ
un sens mathématique, elle est négative, elle est au-dessous de 0^.
Observons toutefois que ce qui détruit son autorité, c'est que son opinion marche dans le même sens que son intérêt; car, s'il opinait contre son intérêt, son autorité n'en serait que plus grande. Pourquoi ? c'est qu'ayant à un plus haut degré tout ce qui constitue les bases d'un jugement éclairé, quand un homme de cette classe se montre supérieur aux intérêts personnels, la probabilité en faveur de son opinion, toutes choses d'ailleurs égales , est comparativement plus grande.
C'est d'après ce principe , fondé sur l'expérience , que nos cours de justice ont établi une des règles les plus raisonnables et les moins sujettes à exception dans la procédure. La preuve la plus faible , c'est le témoignage d'un homme en sa propre faveur; la plus forte, c'est son témoignage contre lui-même.
Que fera-t-on en conséquence? Doit-on exclure, doit-on refuser d'entendre les hommes qui, par état , possèdent les meilleurs moyens d'information , parce qu'ils sont exposés à l'influence d'un intérêt séducteur ? Tout au contraire , c'est une raison pour les écouter avec plus d'attention : capables comme ils le sont , en vertu de leurs connaissances relatives, de fournir tous les arguments pertinents, toutes les objections directes contre la mesure proposée, plus on est fondé à conclure , s'ils ne la combattent que par de mauvaises raisons, qu'il n'y en a point de bonnes à alléguer contre elle. Le recours à des subterfuges est dans ce cas un aveu de défaite.
nNous avons dit, de plus, que, pour estimer la valeur d'une autorité , il y avait deux autres circonstances à considérer, la confomiitë des caSj et la fidélité des intermédiaires. Ceci ne demande que peu d'explication.
Relativement à la conformité y il est clair qu'on n'en peut juger par aucune règle générale. Chaque cas requiert un examen particulier, une comparaison détaillée pour apprécier les ressemblances et les différences entre le sujet immédiat qui est en question , et le sujet passé auquel l'autorité se rapporte. Je me borne à observer que cet examen fournira souvent le moyen le plus sûr de ruiner le sophisme de l'autorité. Plus les circonstances seront bien considérées , plus on trouvera que celles qui servaient de base à l'opinion alléguée ne sont point semblables à celles qui existent actuellement. Se conduire par autorité < c'est souvent ^aire le con-. traire de ce qu'on croit imiter.
1 Molière, dans le Mariafb forcé, a sienaAé cet intérêt iéducléur par une eiprension que sa vérité a rendue proverbiale. — Monsieur Jvtse, vous êtes orfèvre.
Quant à la fidélité de$ intermédiaires par lesquels l'opinion a été transmise , on ne fait mention de cette circonstance que pour la rappeler. Il n'est pas besoin d'en prouver l'importance. Qui peut ignorer par combien de causes le rapport d'une opinion s'altère ou se dénature en passant par différents canaux? La force de l'autorité, en s'éloigoant de sa source , va en décroissant de la même msmière que dans le cas d'un témoignage juridique.