‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 447 sur 547 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

CULTE DES ANCÊTRES, OU ÀRGHIIENT DANS LE MODE CmNOIS.

Cet argument consiste à rejeter la mesure proposée, comme étant contraire à l'opinion des hommes qui ont habité le même pays dans les temps passés : opinion que l'on recueille soit des termes formels de quelque écrivain distingué de ces temps-là , soit des lois et des institutions qui existaient alors.

Nos sages ancêtres y — la sagesse de nos pères j — le bon sens du vieux temps j — la vénérable antiquité : voilà les termes dominants des propositions tendant à rejeter une mesure proposée, par la seule raison qu^elle s'écarte des anciens usages. « Nous ne sommes pas venus au « monde , disait Balzac , pour faire des lois , mais u pour obéir à celles que nous avons trouvées, et R nous contenter de la sagesse de nos pères, V comme de leur terre et de leur soleil. »

Ce sophisme présente un exemple frappant de deux principes contradictoires, réunis dans les mêmes têtes, sous l'influence conciliante de la coutume y c'est-à-dire du préjugé.

En effet , ce sophisme , si puissant en matière de loi, est en opposition formelle avec un principe universellement admis dans tous les autres départements des connaissances humaines; principe auquel nous devons tous nos progrès, tout ce qu'il y a de raisonnable dans la conduite des hommes.

V expérience est la mère de la sagesse; c'est là une de ces maximes que les siècles se sont trans-» mises l'un à l'autre , et qui passeront de l'âge présent aux âges futurs.

*lh) peut leur appliquer co que Voltaire, dans le Temple du Goût, met dans la bouche des érudils de profession :

Pour nous, messieurs, dqus atons Phabltude

De rédiger au long, de point en point.

Ce qu*o|4t>enta ; mais nous ne pensons point.

* On ne veut pat nier quMI n*j ait eu, parmi les anciens,

Non, dit le sophisme, la véritable mèr^ de la sagesse n'est pas V expérience, mais \ inexpérience.

Une absurdité si manifeste se réfute d'elle-même. Examinons à quelle cause on peut a^rihuer l'ascendant qu'elle conserve en législation.

V" Erreur de langage. Une idée fausse a produit une expression incorrecte , et l'expression devenue familière a perpétué l'erreur.

On a tout dit en faveur du sophisme , quand on a dit le vieux temps : et ce qu'on appelle le vieux temps est en effet ce qu'on devrait appeler le Jeune temps.

Entre individus contemporains placés dans la même situation, le plus âgé possède naturellement un plus grand fonds d'expérience. Mais entre deux générations, il en est autrement ; celle qui précède ne peut pas avoir autant d'expérience que celle qui la suit.

Donner aux âges antérieurs le nom de vieux temps, c'est donner le nom de vieux homme à un enfant dans le berceau.

La sagesse de ce prétendu vieux temps n'est donc pas la sagesse des cheveux g^s : c'est la sagesse de l'enfance *.

â<> Seconde cause de l'illusion. Préjugé en faveur des morts.

On sait que, dans les temps de l'ignorance primitive, ce préjugé a contribué plus que toute autre chose à ce qu'on appelle V idolâtrie. Les morts sont devenus facilement des dieux. La superstition les invoque , elle entre en correspondance avec eux , elle attache des vertus surnaturelles à leurs reliques, elle va chercher dans les tombeaux des ossements pour les offrir au culte du peuple.

Si ces erreurs grossières ont cessé , le préjugé même qui leur donna naissance n'est pas détruit. De mortuis nil nisi bonum, La raison dit qu'at» taquer un être vivant, c'est blesser un être sensible ; qu'attaquer un mort , c'est ne lui faire aucun* mal. L'adage, tout absurde qu'il est, n'en est pas moins répété «omme une maxime de sentiment et de morale.

Ce préjugé en faveur des morts est principalement fondé sur ce qu'un homme qui n'est plus , n'a plus de rivaux. A-l-il été distingué par son génie , ceux qui n'ont jamais élevé la voix en sa faveur, et même ses adversaires ^ chaii^eatît tout à coup de langage, se donnent, en le louant, un air Je jiiïliciï

des hommes éminents p^r leuf génie. C'est A ëui qti^oo a dû successivement tous lu progrès de Teapècc tttjtuatnr?.. Mais leur génie n'a pu s'a|)iilic|uerqu';iijx iiï^tsalori reçue' , et se développer qu'à pro^iûrUaQ des luoftiiï c-3Lislanii^ il ne peut pas faire autorité (lotir tm éiai de cïjoies qui ne ressemble en rien à celui-là. - ^

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