‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 448 sur 547 · CULTE DES ANCÊTRES, OU MIGUMENT DANS LE MODE CHINOIS · texte numérisé non relu

CULTE DES ANCÊTRES, OU MIGUMENT DANS LE MODE CHINOIS

et d*é^iiilé qui n^ leur coûte Hep : au contraire , ils satisfont par là cette passion maligne dont on a si bien dit :

Triste amante des morts, elle hait lesvifants.

L*enf ie , en effet , n*exalte les uns que pour déprimer les autres. Elle ne veut que décourager les efforts généreux, en représentant une dégénération graduelle dans Tespèce humaine ; en substituant , autant qu'elle le peut , des regrets qui humilient, à des espérances qui animent.

Les mêmes individus qui , sous le nom de sagesse des ancêtres ^ exaltent des générations ignorantes et inexpérimentées , ne parlent jamais de la génération présenta , c'est-à-dire de la masse du peuple , qu*avec le plus profond mépris.

Aussi longtemps qu'ils se renferment dans ces déclamations générales, qu'ils placent dans deux groupes distincts , d'un cùté nos sages ancêtres , de l'autre le peuple de nos jours ignorant et stupide , il est possible d'en imposer jusqu'à un certain point.

Mais qu'on assigne un temps positif pour cette époque de sagesse supérieure , qu'on la prenne où l'on voudra dans les règnes passés , et que l'on compare classe à classe les hommes de ce temps et ceux du nôtre, la supériorité doit nécessairement appartenir à ceux qui ont eu le plus de moyens ^^instruction. Si vous remontez à une époque qui ait précédé l'imprimerie , vous trouverez même que les classes inférieures de notre temps l'emportent sur les classes supérieures du temps passé.

Prenez , par exemple , les dix premières années du règne de Henri VIII. La chambre des pairs était alors , sans contredît , la partie la plus éclairée de la nation. Il est de fait que plusieurs des lords laïques ne savaient pas lire ; mais accordons-leur à touft la connaissance de cet art , qu'en auraientft fait , relatîfement à la science politique? Quels étaient les livres où ils auraient pu en puiser les tiéoiènts? L'économie politique, la loi pénale, le droit ecclésiaslique, le droit international, loin d'exister comme sciences, avaient à peine un nom qui les ilésigTKU. Ct* q 11*00 pouvait prendre dans les ouvrâfîcs il'Arislotc ou ik Cîcéron , n'était point w upplicolile aux temps tiiodernes; et, d'ailleurs, c^s sourcis de âdt-fjcQ ou tie prétendue science n'élaientaecessiblfS qu^aux éiudits. L'histoire d' Angleierre n'éiait comimsée que de maigres chronîi|ues, (L'uLic scche nomenLlalure de traités, de ûép% , de cmiib^Ls , de fou il a lions de couvents et d'abbaye:» , de cérémonials , de fêtes et d'exécutions, sans aucun détatl sur les causes , sur le» caractères, sur k veHiabkciat du peuple,

Vmmz iîu ngiie do Jacques !•', célèbre par son savoir 1 i «ou tJo^iîcnce. Ses livres sur les appari-

tions, sur les sorciers , sur les diables , sur leurs opérations et leurs différents pouvoirs, prouvent que ces notions extravagantes n'étaient pas moins le partage des hommes les plus élevés , que celai du peuple. Le seul privilège de ce monarque, le Salomon de son temps, était de pouvoir tourmenter et brûler ceux qui avaient le malheur de ne pas connaître aussi bien que lui l'essence de la nature divine.

Sous Charles 11 , même après que Bacon eut tracé le plan de la saine philosophie , ne vit-on pas sur le premier siège de la justice un jurisconsulte, encore estimé de nos jours le coryphée de la loi anglaise , le juge Haie , qui ne savait pas définir , comme il le dit lui-même , ce qu'était le larcin^ mais qui savait trop bien ce qu'était le sortilège ^ et qui, pour ces deux délits , condamnait des hommes à mort sans aucun scrupule , au milieu des applaudissements universels des savants et des ignorants de ce beau siècle?

La liturgie des catholiques contient , sous le nom d'exorcisme, une forme de procédure pour expulser les diables qui se sont emparés du corps humain : bien entendu que cette opération ne pouvait réusûr qu'entre les mains d'un opérateur dûment privilégié.

De nos jours , on est parvenu à se procurer une entière sûreté contre toutes les puissances infernales, par un moyen plus simple et moins coûteux. Depuis que le peuple a su lire, et qu'on a imprimé des journaux , les revenants , les spectres , les vampires, les sorciers ont pris la fuite pour ne plus revenir. Mille espèces de superstitions qui naissaient de celle-là, toutes faites pour dégrader la raison, pour remplir la vie de terreurs , ont cédé au même talisman ; et on conçoit à peine aujourd'hui que ces absurdes opinions aient pu trouver créance autrefois , non-seulement dans le peuple , mais parmi ses conducteurs temporels et spirituels.

S'il est ridicule de vanter la sagesse des anciens temps , il ne Test pas moins de célébrer leurs vertus. Nos ancêtres nous ont été inférieurs en probité comme en tout le reste. Plus on regarde en arrière, plus on trouve d'abus dans la religion et dans le gouvernement : c'est la violence de ces abus qui a produit les degrés comparatifs de réforme doot nous sommes si fiers. Il à fallu commencer par sortir de la servitude, qui était le lot des neuf dixièmes du genre humain. Qu'on choisisse dans les époques antérieures celle qu'on voudra ; il n'en est aucune qui présente un état de choses dont un homme sensé pût désirer le rétablissement total.

On se laisse enthonsfasmer par quelques beaux traits , par quelques gcands caractères ; mais on est dupe d'une illusion d*optique historique. Ces beaux traits, ces grands caractères semblent se placer tous ensemble pour nous donner une idée

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