CHAPITRE V
SOPHISME DES LOIS IRRÉVOCABLES, OU SOPHISHE DE CEUX QUI EI4GHA1NENT LA POSTÉRITÉ.
. . . . Sedet ateroumqae sedcbît Infelix Thcfeus.
VlRO.
Observations générales.
Ce sophisme , considéré dans son influence sur le malheur des hommes , et dans le nombre de ceux dontilaffectelesort, s'élève infînijnent, dansTéchelle de l'importance , au-dessus de tous les autres. 11 n'opère pas seul et par lui-même ; il en réunit plusieurs , et agit avec une force composée. Ce que nous avons dit du culte idolâtrique des ancêtres s'applique à ce sujet. La doctrine de la perpétuité d'une loi est , en efl^et , ce même sophisme porté au plus haut degré de force imaginable.
Il a pénétré, plus ou moins, dans toutes nos législations ; mais c'est parmi lespeupTesde l'Orient qu'il a établi son empire le plus absolu. Il les tient dans un asservissement dont on conçoit à peine comment ils pourront sortir.
Ce qui nous en reste en Europe n'est qu'une ombre, en comparaison; cependant, jusqu'à ce que cette ombre soit dissipée , elle servira de prétexte pour conserver des institutions nuisibles , et repousser des améliorations nécessaires : elle embarrassera les esprits faibles , et fournira un moyen de plus à ceux qui veulent les tromper.
Quand on considère ce que la raison a fait dans nos diverses contrées, et ce qui lui reste à faire , on en trouve une image dans ces êtres à demi éclos qui n'ont pas achevé leurs métamorphoses. La tête se montre déjà hors de la chrysalide; les ailes se dégagent du fourreau ; mais on voit encore toute la charpente de la prison où ils ont été renfennés.
Ceux qui ont enchaîné la postérité par des lois irrévocables ont-ils prévu les maux dont ils seraient les auteurs? Je ne le pense pas. On peut les justifier par une méprise d'intention. La même excuse ne s'applique pas à ceuxtpii, après l'expérience, veulent prolonger cette servitude.
et de danger. Je ne puis que les renvoyer à un autre ouvrage de M.Bentham,où il a exposé tous les calculs à faire avant d^innOver dans les lois, et tous les égards dus aux institutions existantes. S'il combat la peur de Tinnovation, ce n*est qu*aprôs avoir combattu les méprises et les égarements des innovateurs. Voyez Traités de légitla' Oon.
SOPHISME DES LOIS IRRÉVOCABLES
Diviiion du «ujet.
Ce chef présente deux sortes de sophismes-^
1» Sophisme des lois irrévocables.
â» Sophisme des^œux.
Tous deux doivent être considérés conjointement; leur objet est le même ; la différence n'est que dans le moyen.
Les premiers fondent la perpétuité des lois sur ridée d'un contrat. Les seconds appellent à leur aide un pouvoir surnaturel, qu'ils font intervenir comme garant de rengagement.