AUTRE SOPHISME D AUTORITÉ
faible degré que ce fût , on serait d'abord conduit à I*absurde ^.
Je ne tcox pas dire par là que le législateur ne doire aToir égard à Topinion du grand nombre , même indépendamment de toute raison.
S*il ne la considère pas comme bonne , il doit la res|>ecter comme forte. Si elle n'est pas pour lui , elle sera contre lui. Si elle n'est pas son plus puissant auxiliaire, elle sera son plus formidable antagoniste.
Il doit faire le bonheur des hommes ; et ou ne ferait pas leur bonheur, même a?ec de bonnes lois , quand elles blesseraient leurs opinions.
Si la mesure proposée , toute bonne qu'elle soit , a contre elle Topinion du grand nombre , ce n'est pas une raison pour y renoncer, mais c'en est une pour différer ; c'en est une pour éclairer les esprits, pour employer tous les moyens légitimes de combattre Terreur. Mieux fait douceur que violence, tt Je suis fille du Temps, dit la Yérilé, et j'obtiens u tout de mon père. »
Il y a donc sophisme à citer l'opinion du grand nombre , comme faisant preuve pour le logicien ; mais il n'y a point sophisme à la citer comme faisant raison ponr le législateur. On a traité ailleurs des égards dus aux institutions existantes, aux préjugés dominants; et on a tracé la marche qu'on devait suivre, non-seulement pour faire le bien, mais pour le bien faire *.
Il ne faut pas toutefois oublier : 1<* que ceux qui allèguent Vopmion contre une réforme proposée , s'en servent souvent comme d'un prétexte ou d'un faux certificat qu'ils ont fabriqué pour le service du moment ; et %f* qu'en général l'ulilité publique est , en matière de lé^sktion, le meilleur critérium de l'opinion publique.
> Que ne pou?oai-Dous voir ce qui €e passe dans Pesprit da« bomnaet lorsquMIi cboisiMent une ophiion ! Je suis sûr que si cela était, nous réduirions le suffrage d*une infinité de gens à Pautorité de deux ou trois personnes , qui , ayant débité une doctrine que Pon supposait ^u^ils avaient examinée à fond , l*ont persuadée à plusieurs antres par le i>réjugé de leur mérite, et ceux-ci à plusieur» autres qui ont trouvé mieux leur compte, pour feur paresse naturelle, à croire tout d*un coup ce qu'on leur disait, qu*à Pexaminer sérieusement. De sorte que le nombre des sectateurs «rédules et paresseux augmentant de jour en jour, a été un nouvel engagement mu autres hommes, de te délivrer de la peine d'examiner une opinion quMl» voyaient si générale, et qu^ils s* persuadaient bonnement «'être devenue leli* que par la solidité des raisons desquelles on s'était servi d'abord pour l'établir. Et, enfin , on s*est vu réduit à la nécessité de croire ce que tout le moude croyais, de peur de passer pour un factieux qui veut lui seul en savoir plus que tous les autres , et contredire la vénérable antiquité : si bien qu*il y a eu du mérite à n^examiner plus rien et à s*en rapporter à la tradition. Jugez vous-même si cent millions