‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 461 sur 547 · AUTRE SOPHISME D'AUTORITÉ · texte numérisé non relu

AUTRE SOPHISME D'AUTORITÉ

Jusque-là, dira-t-on, où est le sophisme? Un tel aveu D*est-ii pas franc et modeste ? Oui , si celui qui parle ainsi n'entendait pas que cet aveu d*un homme comme lui dût former une présomption contre la mesure, et entraîner sa réjectiou sans examen, u SI moi, constitué en dignité, mM supérieur en lumières , j*a?oue mon incapacité , que devez-vous penser de la vôtre ? » Voilà ce qu'il veut faire entendre. C'est une ihanière détournée d'intimider ; c'est de l'arrogance sous un mince voile de modestie.

Un homme de bonne foi , dans cet état d'ignorance qui l'empêche de juger , pourrait-il raisonnablement demander autre chose que du temps pour s'éclairer? N'entrerait-il pas dans les détails de la mesure , pour montrer ce qu'elle a d'obscur et ce qui requiert des explications?

Avec un vrai sentiment de son incapacité , on ne prendrait aucune part au débat ; mais celui qui se fait fort de son ignorance prétend condamner la réforme proposée , sans alléguer aucune raison ; et ce prétexte est un aveu tacite qu'il n'a point de raison à donner contre elle. Il veut éviter la discussion , dont il ne sortirait pas à son avantage , et il se réfugie dans cette prétendue ignorance sur laquelle il est bien sûr de n'être pas pris au mot. Malheureusement , c'est là le symptôme d'un mal incurable; car, selon le proverbe : m II n'y a point « de plus mauvais sourd que celui qui ne veut pas * entendre. »

L'autorité qu'on donnerait à ce sophisme est fondée sur ce que des hommes de loi sont plus compétents que d'autres en matière de loi. Ceci demande une distinction : ils connaissent mieux la loi telle qu'elle est ; et s'ils n'ont point dMntérèt séducteur, ils sont plus à portée de juger de ce qu'elle doit être : mais s'ils n'ont étudié la loi que comme un métier, s'ils n'ont songé qu'à tirer parti de ses imperfections , bien loin d'être plus capables que d'autres de diriger le législateur, ils sont plus propres à l'égarer.

Qu'un homme qui a vieilli dans une routine légale s'avoue incapable de saisir d'autres idées, ce n'est pas toujours un prétexte faux. Toute sa sagacité s'est épuisée à étudier le système qu*il avait intérêt de connaître : il ne trouve ni facilité ni plaisir à combattre ses habitudes et à donner à son esprit une direction toute nouvelle. Il ne serait pas étonnant qu'un militaire qui a passé sa vie dans les combats ne fût point propre à changer de service et à panser les blessés. C'est une industrie toute différente. Télèphe n'a point laissé de successeurs : sa lance qui faisait les blessures et qui les guérissait, ne s'est point retrouvée dans les curiosités d'Hercuianum.

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