Sophisme du panégyriste de lui-même
Je ne parle point ici de l'innocente vanité qui se préconise elle-mê^ne sous le rapport des talents : c'est une faiblesse qui- ne se^ montre guère impunément dans une assemblée, et pour laquelle le mérite le plus distingué est à peine un titre d'indulgence.
Mais on peut signaler sous ce chef les prétenlious de ceux qui , dans l'exercice de leurs emplois , réclament de la déférence pour leurs opinions , de la confiance dans leur conduite, à raison de leur caractère et du respect qu'ils ont pour eux-mêmes ; respect dont ils se font une défense contre la critique et l'examen. Leurs assertions sont des preuves et leurs vertus sont des garanties. Qu'on propose des réformes , qu'on attaque les abus , qu'on demande des précautions, des enquêtes, des moyens de publicité, ils font entendre une voix de surprise et presque de douleur , comme si on doutait de leur morale , comme si leur honneur en était blessé. Ils mêlent adroitement à quelques objections le panégyrique de leur probité, de leur désintéressement , de leur dévouement au bien public ; et une question politiciue se trouve toujours ramenée à leur amour-propre personnel.
De telles considérations sont des sophismes, non-seulement comme étant étrangères au mérite de la question , mais encore parce qu'elles renferment implicitement des assertions qui ne sont point d'accord avec la nature de l'homme : elles vont contre les faits les mieux établis sur les motifs qui déterminent le cœur humain ; elles nient l'influence d'un intérêt personnel dans les cas où on peut présumer qu'il agit avec le plus de force.
Jusqu'à ce qu'il soit donné à l'homme de lire dans les cœurs , l'hypocrite pourra parler comme l'homme de bien; et même, moins la vertu gouverne ses actions , plus il a d'intérêt à Tétaler dans ses discours. Celui qui remplit tous ses devoirs par un sentiment habituel, accoutumé à cette probité qui ne le quitte point , ne pense pas plus à s'en faire honneur aux yeux d'autrui qu'aux siens mêmes. L'ostentation est presque toujours l'emprunt d*une qualité qu'on n'a pas.
Il faut donc compter parmi les sophismes cet appel à ses vertus de la part d'un homme public qui veut faire juger de sa conduite par son caractère , et non de son caractère par sa conduite.
S'il y a un principe certain en politique , c'est qu'il n'y a point de vertus dans les gouvernants, qui puissent tenir lieu des sauvegardes d'une bonne loi^
^ Je puis citer à Pappui de ce principe une autorité bien
AUTRE SOPHISME D^AUTORITÊ.
impoflaole , et , quoique le trait doot il s*agU toit géoéralemeol coDOUfil inappliqué trop bien à ce sujet pour craindre de le répéter.
Voici comme 11 est rapporté par madame de Sta«l dam le narré de son séjour k Saint-Péterslwirg.
«t L'empereur me parla a? ec enlkousiasme de sa nation et « de tout ce qti^elle était capable de de?enir. U m'exprima « le désir, que tout le monde lui connall, d'améliorer Pétat
« des paysans encore soumis à Pesclaf a^e. Sire, lui diHe^ « fotre caractère est une constitution pour fotre empire, et « TOtre conscience en est la garantie.— Quand cela serait, « me répondit-il , je ne serais jamais 'qu'un accident heu- <c reux. Belles paroles, les premières, je crois, de ce genre, «( qu'un monarque absolu ait prononcées l Que de ?ertus il « faut pour juger le despotisme en étant despote! n Dix années d'exil, pag. 513.
SECONDE PARTIE-