‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 469 sur 547 · SOPHISME DES FAUSSES CONSOLATIONS · texte numérisé non relu

SOPHISME DES FAUSSES CONSOLATIONS

Dire qu'il faut supporter certains maux , à raison des avantages supérieurs qui en résultent; présenter les côtés favorables en opposition aux mauvais, pour faire une juste balance, ce n'est point là ce que j'appelle le sophisme des fausses consolations ; c'est , au contraire , la seule consolation solide qu'admettent les afiPaires humaines dans la vie publique et privée.

Mais quand on propose'de soulager un mal, de réformer un abus, de faire cesser une oppression qui tombe sur quelque classe de b société , il n'est

1 Voyez Théorie des peines, art. des Peines vicaires. Où pourrait dire de même : Consolations vicaires.

pas rare, dans une assemblée politique, devoir quelque ennemi intéressé de la mesure qui cherche à l'écarter adroitement, ou à l'affaiblir, en oppoiaet au tableau de ce mal ou de cette injustice , soit le bonheur du peuple en général , soit ses avantages, comparativement à d'autres nations. « A quoi ^n- « sez-vous de produire ces plaintes amèrês ! Vous « vous faites tort à vous-mêmes , vous ne rendez « pas justice à votre heureux gouvernement. Jetez « les yeux sur la condition de vos voisins. Consi- « dérez combien votre état est préférable au leur, «c Votre prospérité , votre liberté , votre commerce u vous rendent un objet d'envie ; et quand on veut K donner des leçons aux autres peuples, c'est vous <( qu'on prend pour modèles. »

C'est ainsi qu'on parvient trop souvent à donner le change à une assemblée , à la rendre indifférente sur des maux réels, à détourner son attention d*un objet qui l'humilie pour la diriger vers un tableau plus agréable et plus flatteur.

Aucun argument n'est plus étranger à la question. Si je souffre d*un mal qu'on puisse faire cesser, le bonheur universel du genre humain ne serait pas une raison pour me laisser en souffrance.

L'individu qui se paye si facilement de cet argument , quand il s'agit d'autrui , le recevrait-il pour lui-même ? Prenez l'orateur qui vient de le soutenir, et qui en paraît si satisfait. — Que son fermier, ne lui payant pas sa rente , prétendit le consoler par la prospérité générale du pays, serait-il disposée accepter ce mode de remboursement ? Que dirait un juge si , dans une action pour dommage , un avocat opposait les bénéfices d'un tiers , comme un moyen de non-recevoir? Aj partie lésée , ne doit pas être indemnisé, parce que Bt\.C sont en gain.

Si ce raisonnement serait impertinent dans une cour de justice , que doit-il être dans une assemblée législative? Ce que le commerce sur la plus grande échelle est au plus petit trafic, n'est qu'une faible image de l'importance comparative des besoins pour lesquels on s'adresse au législateur et au juge. L'injustice du législateur qui refuse une loi convenable, est à celle du juge qui refuse de juger, ce qu'est une banqueroute générale au refus de payer une dette privée.

On ne saurait imaginer un cas possible, où Ton pût tirer de cet argument une objection sérieuse contre la plus petite amélioration , ou le soulagement'du plus petit mal. Supposes: un projet de loi pour amender une route ou en ouvrir unenouveiie. Peut-il entrer dans la tête d'un homme, en son bon sens , de s'y oppgser sans alléguer aucime autre raison que le grand nombre ou la bonté des routes déjà établies ?

Le bon Samaritain versa de l'huile sur les plaies

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