CHAPITRE V
SOPHISME DE DÉFUNCE.
Oo B« Toit pu tont. Cette neture cicIm d'arrière-pens^.
Le sophisme de défiance consiste à interjeter, au lieu d'une objection spécifique contre la mesure proposée, un soupçon insidieux qui donne à entendre que cette mesure en prépare beaucoup d'autres qui sont en arrière , qu'elle est le commencement d'un plan que l'on cache et qui se développera par degrés selon le succès, u Je ne prétends « pas condamner la mesure actuelle , dit l'antago- « niste qui Fait valoir ce sophisme. Si c'était là u tout , il n'y aurait pas de quoi s'alarmer : prise « en elle-même et isolément , elle peut être bonne; « mais soyez sur vos gardes , cette mesure n'est « pas seule ; on ne vous dit pas tout ce qu'on veut « faire , et vous ne savez point où Ton vous mène, u Arrêtez-vous à temps, ou vous irez par degrés • plus loin que vous ne voulez. »
On voit que ce sophisme s'appuie sur un autre , sur la haine de Vinnovation. Mais il est plus adroit , il élude mieux toute réplique ; il n'engage point le combat , car il n'attaque pas la mesure ; il tend seulement à l'écarter ou à la difl^érer sans bruit , en l'exposant à une défiance vague qui ne fournit aucune preuve.
Cet argument , si on peut lui donner ce nom , renferme une contradiction manifeste. Il commence par admettre la convenance de la mesure en question , en la considérant seule et par elle-même ,
* C*est tans doute un caractère irè«-aimabl^ que celui de roptimisle qui, au lieu de s^affliger d*un mal impossible à guérir ou à prévenir, dirige aussitôt son imagination vers les côtés les plus favorables de la vie, et oublie ce quMl a perdu pour mieux Jouir de ce qu*il possède.
Mais il ne fau'l pas confondre œ caractère avec celui de ces éfolstes que Rousseau a ëépeints, «i paisibles sur les injustices publiques,»! bruyants au moindre tort qu*on leur fait , et qui ne gardent leur philosophie qu^auasi longtemps qu*ihi n'en ont pas besoin pour eux-mêmes, u Ces^hoanéles «( gens du gramf meade, dont les maximes ressemblent « beaucoup à celles des fripons ; ces gens si doux* si moilé*u réSf qiil trouvent toujours quc»tout va bien, parce qu^ils •( ont intérêt que rien n^aille mieux ;qui sont si contents de
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et cependant il conclut à la rejeter. L'absurdité n'ett-elle pas du même genre que celle du juge qui déclarerait un homme innocent , et qui , eu même temps, prononcerait sa condamnation?
Supposons deux mesures qui ne sont pas liées l'une à l'autre. Désignons-les par A ti B. A est bon, B est mauvais. Rejeter A à cause de J?, ce serait une conduite qui aurait plus l'apparence du caprice que de la raison. Mais le sophisme dont il s'agit va beaucoup plus loin. Les deux mesures présentées ne fournissent aucune objection positive ; cependant , il tend à les faire rejeter sur deux présomptions: l'une, qu'elles seront suivies d'autres mesures ; l'autre , que ces mesures seront mauvaises. En comparant encore ce cas à celui d*un juge , il revient à condamner un innocent à raison de ce que d'autres pourront , dans la suite, se rendre coupables d'un délit. Ce sophisme est si vague, si déraisonnable , qu'on le croirait inventé comme un exemple imaginaire d'absurdité. Point du tout : il se produit et se reproduit dans toutes les assemblées politiques : il s'y montre avec orgueil et avec succès : il y exerce un grand ascendant. Quand on s'adresse à la défiance, on est presque toujours sûr de se faire écouter. Les uns s'y rendent par timidité , les autres pour faire honneur à la sagacité de leur esprit.
Si cet argument peut servir de motif à rejeter une mesure , il peut servir à les rejeter toutes : car quelle est la mesure dont on peut affirmer qu*elle ne sera pas suivie de quelque autre qui sera jugée mauvaise?
Hérode est accusé d'avoir détruit une foule d'innocents, pour exterminer un individu qui lui était suspect. Les sophistes dont nous parlons ne peuvent qu'approuver cette politique d'Hérode , et , à sa place, pour être conséquents , ils auraient dû agir comme lui.
IL n'est point de sophisme qui annonce plus de mépris pour ceux à qui on l'adresse. 11 semble qu'on leur tienne à peu près ce langage : « Messieurs , il y a une chose qui vous manque , c'est la
• tout le monde, parce qn*ils ne se soucient de personne ; « qui, autour d^une bonne table, soutiennent qu^il n^est pas « vrai que le peuple ait faim ; qui , le gousset bien garni , « trouvent f6rt mauvais qu*on déclame en faveur des « pativres; qui, de leur maison bien ferméejerralent voler, « piller, égorger, massacrer tout le genre humain sans se « plaindre, attendu que Dieu les a donétd^une douceur « très-méritoire à supporter les malheurs d*autrui. n Lettre à d'Alemberlf tur les Spectacles,
Si Rousseau etU ajouté que ce frirait était celui d*UD homme public, d*un homme spécialement chargé de soulager oet mau\, de faire cesser ces injustices , il aurait •xactement d^Ani Tespèce de sophiste dont il est ici question.