SOPHISME DES DIVERSIONS ARTIFICIECSES
Ce mode d'argumentation frauduleuse s'expli* quera mieux sous la forme d'une instruction pour l'employer
Propose-t-on quelque mesure qui ne s'accorde pas avec voire intérêt ou votre inclination, mais qu'il ne vous parait pas prudent dtattaquer de front et de représenter comme absolument pernicieuse ? — Mettez en avant quelque autre mesure relative ou non à celle que vous voulez éhider, et qui puisse rivaliser avec elle. «" Pourquoi cette mesure, — et pourquoi pas cellè-cîou telle autre? • Par ce moyen vous opérez une diversion, vous détournez Tattention du projet ^tii vous contrarie , vous affaiblissez son importance en présentant d'autres objets à l'esprit de vos auditeurs.
SOPHISME DES DIVERSlOiNS ARTIFICIEUSES.
Ce mode d'agir ne pourrait point se ranger dans la classe des opérations sophistiques , dans le cas où la mesure proposée en substitution de la première, serait réellement d'iJme utilité plus immédiate.
Quelquefois on jette en ayant ces mesures rivales sans les convertir en propositions distinctes; on ne veut que suspendre ou écarter la première question. Et quoique cette espèce de diversion paraisse très-faible , tous ceux qui ont Tbabitude des assemblées politiques savent que ce moyen est très-efficace, qu'il déroule les idées, et qu'il peut consumer des séances avant qu'on puisse se rallier au point en question, si même il est possible d'y revenir.
On se sert encore plus ingénieusement de ces diversions en introduisant une contre-mesure , soit tout à fait étrangère à la question , soit analogue , mais inférieure. S'agit-il, par exemple, d'un plan de réforme ou d'économie , le parti hostile lui oppose un plan rival qui limite la réforme ou l'économie à quelque c^bjet minime ^.
Cependant cela même est encore un sacrifice d'intérêt, auquel on ne se résout qu'à la dernière extrémité.
Le graad point est de susciter une contre-mesure tout à fait étrangère, qui fasse une diversion complète, et qui occupe un temps considérable. liCS événements publics en fournissent souvent l'occasion ou le prétexte ; et l'on se saisit , dans cette vue , des moind res incidents , surtout des personnalités , pour donner un autre cours aux débats et aux afliaires.
' Mais enfin , s'il n'y a pas moyen d'éluder entièrement la mesure , sMa nécessité d'un sacrifice existe , le premier objet , pour vous , doit être de vous emparer du plan et de son exécution, d'annoncer que vous êtes prêt à offrir vous-même un projet relatif; et quand vous avez gagné ce point qu'un parti ministériel est toujours sûr d'emporter , on ne saurait vous refuser le temps nécessaire pour le pré-
^ Ceci n*est pas, à proprement parler, un «sphisme; mais comme il y a une grande cponexion entre ces deux strata-
parer ; vous prenez vos engagements pour la session suivante , et vous voilà tranquille.
La session suivante est arrivée. Le commencement n'est pas favorable pour proposer votre projet : on a trop d'affaires courantes et urgentes à expédier ; vous avez ensuite les chances des circonstances imprévues , mais s'il n'est pas prudent de le remettre, vous le proposez à la fin de la session. 11 faut nécessairement l'ajourner à la session suivante ; voilà du temps gagné , et vous n'avez encouru aucun blâme ; ce que vous aviez promis , vous l'avez fait.
Votre mesure est-elle enfin sur le tapis , vous avez à choisir entre deux plans d'opérations , celur des délais , celui d'une réjection totale.
Celui des délais sera naturellement préféré : tant que vous pouvez les prolonger, vous ne perde; rien ni pour votre objet ni pour votre réputation. L'extrême importance et l'extrême difficulté de la mesure sont des topiques merveilleux et que les échos de la salle répètent merveilleusement.
A-t-on épuisé le fonds des délais , la question estelle en débat, il y a des moyens qui ne sont point trop inconnus pour faire naître une opposition secrète à la mesure même qu'on propose ; mais sans avoir recours à ces moyens, on peut toujours compter sur les adversaires naturels de toute innovation , de toute réforme.
Après tout cela, que la mesure soit relative à la loi pénale, à la loi ctvHe , à la prêcédure, ou à tout autre objet Important , vous auriez jooé d'un^rand malheur , si la réforme , d'abord proposée d'une manière menaçante, ne s'était réduite, entre vos mains ou dans celles d'un comité favorable, à quelque modification d'abus presque idsignifiante , à quelque léger changement, ^ quelque minime économie, à quelque enquête si^>erficielle ; et s'il n'en résultait même pour vous , sans aucun sacrifice réel de votre intérêt, un accroissement de réputation dans le caractère de réformateur.
gèroes, qui ont également pour objet d*opérer une diversion, on a cru que ces observations ne paraîtraient pas déplacées.