‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 483 sur 547 · SOPHISMES DES FAUX EXPOSÉS · texte numérisé non relu

SOPHISMES DES FAUX EXPOSÉS

question , brouiller toutes les voies pour mettre son adversaire eu défaut , c'€st là ce qu'on appelle de Fart , un art dont on se fait un mérite , et que le public voit avec trop d*indu1gence, puisque l'avocat qui se (N'été à ces artifices n'en est pas déshonoré. Il est vrai qu'on envisa^^e son rôle comme un rôle obligé, et qu'on lui pardonne des fauxfuyants, des détours qui ne semblent avoir pour objet que la défense de sa partie : on suppose encore que le juge est sur ses gardes , qu'il ne croit pas à la prétendue persuasion de l'avocat , qu'il le considère comme un acteur ei non comme un gnide.

Ces faibles excuses ne s'appliquent pas à l'orateur politique. Il ne représente point une autre personne , il ne parle qu'en son propre nom , il veut qu'on croie à sa sincérité ; si on se permettait de lui témoigner le moindre doute à cet égard , il s'en tiendrait pour offensé , et avec raison : car s'il est une position où l'on soit plus particulièrement tenu d'être vrai, où il soit plus honteux de ne l'être pas, c'est celle d'un mandataire public, organe de la patrie dans un conseil national.

Les hiMX exposés , dira-t-on , sont plus propres à réussir dans une controyerse par écrit que dans une assemblée délibérante. Celui qui lit^n'a pas toutes les pièees en main pour vérifier les assertions , les citations et les faits ; des affirmations tranchantes passent aisément pour des preuves ; mais ceux qui ont entendu un discours , s'aperçoivent d'abord qu'on travestit les opinions de l'orateur, et les témoins du délit en sont les premiers juges. Pen conviens , et c'est là un avantage bien marqué des débats publics ; les fausses représentations de faits et d'opinions y sont plus" rares parce qu'elles sont exposées à une réfutation immédiate ; mais tel est l'efFet de l'esprit de parti , que celui qui sait employer habilement ces moyens frauduleux , n'expose pas autant qu'on pourrait le croire sa réputation morale. Convaincu aux yeux des uns , il reste innocent aux yeux des autres; et dans le cas même où il est mis hors de combat , les désaveux et le prétexte des erreurs involontaires lui fournissent deST moyens faciles de retraite.

Heureusement toutefois un orateur de ce caractèr^^de quelque talent qu'il bi;ille, ne fîguj^ra jamais en première ligne dans une assemblée;' il peiît éllouir, il peut surprendre, il peut avoir un succès passager, mais il nf nspire aucune confiance , même à- ceux qtt'H défend ; et plos on a l'expérience des assemblées politiques , j)lus on sent combien

' J*af parlé dt M. Fox sous le rapport des bienséanoes et des ménagiJineols oratoires pag. 592, chap.'xi de ce vq). Il éiaiteocore-i^hisTeaiarquaMé sous celui delà bonne foi dans la réfutalioD ; il ne se' bornait pas à représenter les arguments d6 set antagonistes avec fidélité : souvent 11 les rendait

Cicéron étjitit fondé à définir l'orateur : Un homme de bien versé dans l'art de la parole : Fir bonus dicendi peritus *.

Toute la réfutation de ce sqphl^me consiste à rétablir les faits altérés ou les propositions dénaturées : mais on sera aidé dans cette opération en distinguant quatre modifications principales du faux exposé : 1"* le f^ux en degré ; â<* le faux eu égard aux temps relatifs ; S^" le faux par omission ; 4*" le faux par substitution.

Je ne saurais mieux expliquer les variétés de ce sophisme qu'en les présentant sous la forme de maxin^es pour les employer \ et ces maximes, je les trouve dans la Logique parlementaire de M. Hamilton , ce code de fausseté politique dont on a expliqué le but et la nature dans le discours préliminaire de ces traités * .

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