‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 492 sur 547 · L'OBSTACLE PRIS POUR LA CAUSE · texte numérisé non relu

L'OBSTACLE PRIS POUR LA CAUSE

eo rarier r^npveesîon , selon Teftpèie d'hommes a?ec lesquels on a affaire ; Taecompag^ner ou cUun air de tiiomphe social ou d'un ton d'hypocrite lamentation.

H y a des prophéties qui ont pour objrt de contribuer à leur propre accomplissement : ce sophisme renferme une prophétie de ce genre. N*avez-vous point d'objection solide , celle-ci est une dernière ressource. Quel domm^e^ qu'un si beau plan soit impraticable ! yous gagnez ses partisans mêmes , TOUS vous rangez à eux pour les attirer à vous. C'est le langage d'un fourbe qui vous abandonne son meilleur ami , feignant qu'il n'y a aucun moyen de le défendre.

On n'osera pas dire dans un discours sérieux , au milieu d'une assemblée politique , que c'est un mal d'aspirer au bien ; mais on tâchera de jeter de la défaveur sur toutes les idées de perfection et d'excellence. On représentera ceux qui veulent élever les hommes à un plus haut degré de bonheur, comme des esprits dangereux qui ne tendent qu'à répandre l'inquiétude dans les classes inférieures de la société , et à leur inspirer le dégoût de leur situation. On ira jusqu'à dire que la doctrine de la perfectibilité a préparé le règne de l'anarchie , et qu'aspirer à l'excellence, c'est aspirer au bouleversement général.

Que répondre à ces ennemis du mieux? Si on traduit littéralement leur pensée , elle revient à ceci : u La misère humaine est un spectacle qui me plaît ; je ne veux pas qu'on me prive de la moindre partie de la jouissance que j'en relire. Autant de retranché aux peines des autres , autant d'ôté à mes plaisirs. »

Pour être conséquent , l'ennemi du mieux doit se déclarer contre tout ce qui peut ajouter à la prospérité de son pays; il doit voter uniformément contre les nouvelles routes, les nouveaux canaux, les nouveaux brevets d'invention ; il doit arrêter, autant qu'il lui est possible , tous les progrès des sciences , tous ceux de l'agriculture et des manufactures.

Mais non : le mieux que ces hommes-là haussent est celui qui s'applique aux lois, celui qui a pour objet de diminuer des abus dont ils profitent , celui qui tend à augmenter les lumières publiques, et à rendre le p^ple plus respectable à ses chefs.

Si vous disiez à cet homme qui se prétend chrétien , q«e le fondateur de sa religion n'a pas seulement cru à la perfectibilité de la nature humaine , mais qu'il a fait un devoy* positif d'aspirer à la perfection, et à la perfection la plus éminente, vous pourriez peut-être , p<wr un mtment, le réduire au sUeneé^ mais vous ne Te chamgeriez pas : un mort ressuscité ne pourrait pas le convaincre.

Les sopbismes que j'ai combattus dans cet ar-

ticle ont un attrait particulier pour trois classes d'hommes : l"" Les gens frivoles et paresseux d'esprit qui ont acquis une place dans un corps politique comme une propriété personnelle , et qui la considèrent comme une décoration plutôt que comme un office laborieux. 2° Les ignorants : je n'entends pas i)ar là des hommes d'une ignorance absolue , m^s ctux qui n'ont pas une instruction appropriée aux afPaires politique» et législatives. Incapables de juger d'une question d'après son mérite, ils se saisissent avidement de ces objections qui les dispensent de l'examen , et dont ils font la sauvegarde de leur réputation. 5*> Les hommes stupides qui ont peui-êlre lu, étudié, rempli leur tête de fatras, mais qui, n'ayant jamais pu parvenir à se faire des idées claires, regardent leur entendement comme la mesure de l'entendement humain , et rejettent tout ce qui n'entre pas- dans la sphère de leurs idées.

Voilà les ennemis naturels de la pensée. Il faut se venger de celui qui veut trouUer leur honorable inertie et la douce sécurité de l'ignorance. En le renvoyant dans la haute région des chimères, ils ont la satisfaction de tourner en dérision sa supériorité même.

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