SOPHISME QUI CONCLUT A HEJETER AU LIEU D'AMENDER
prévaloir tels ou lais intérêts , un observateur qui veut se rendre compte du résultat actuel, distingue les circonstances sous trois rapports : 1<* celles qui ont opéré comme causes du bien ; 9i^ celles qui ont opéré comme obstacles ; ^^ celles qui n'ont eu aucune influence.
Dans tel système donné, quels que soient les abus et quels que soient les heureux résultats, les abus ont opéré par rapport aux heureux résultats , non en qualité de causes , mais en qualité d'obstacles.
Si vous parvenez à donner le change à cet égard, l'abus est à couvert. Mais si cette entreprise est trop difficile, efforcez -vous du moins d'attribuer ces heureux résultats , non à leurs véritables causes , mais aux circonstances indifférentes , à celles qui n'ont pomt eu d'influence ; car si on voit clairement les cauï>eiï qui on l nmnué kè effets prospères , on verra datremeiit aussi celles qui rCy ont point eu de part.
Le fraj laroir est voire plm dangereux ennemi. Or le vrai nrvoir consiste à démêler , dans chaque occasliiOf le« causes promoUvrs, les obstacles et les circonstiiQces indiJfefeales. Cherchez donc à confondre tmiles (!efl limsi^s*
Ce sophisme est un des plus communs : il est appelé au secours de tous les abus , sans excepter les plusodieux. Qui peut douter qu'un inquisiteur, dans le cabinet de son souverain , ne sût lui représenter le salut de l'État comme dépendant de l'existence d'un tribunal qui veillait sur la pureté de la foi ?
Les moines et tout le clergé de l'empire grec n'attribuaient-ils pas les invasions des barbares et la défaite des armées qu'on leur opposait, à la scandaleuse tolérance du gouvernement pour telle ou telle hérésie?
11 était bien reconnu dans l'empire de Montézuma, qu'on y surpassait tous les États voisins en vertu et en sagesse.
D'où nous vient cette glorieuse prééminence? demandait un Mexicain au grand prêtre. Où voulezvous en chercher la cause, répondit le pontife, que dans les raisseaux de ce sang préoienx , ce sang des innocents qui coule tous les jours sur les autels et qui apaise les dieux irrités?
Tous les progrès de la raison humaine , en matière de gauvernement , ne s'opèrent qu'en détruisant quelque branche de oe sophisme, c'est-à-dire en parvcQant à démêler les vraies causes de la prospérité , à les séparer d'avec les obstacles ou d'avec les circonstances indifférentes.
Dans l'économie politique, combien n*a-t-on pas pris l'obstacle pour la causé ! L^s monopoles, les prohibitions, les privilèges, ont été regardés comme h source de la prospérité du commerce. Les jurandes, les lois sur les apprentissages, les règle-
ments des mtnufectures , ont été vantés comme la cause du progrès ^^s arts ; à peu près comme si l'on avait crif que la vie d'un individu tient à Texistence du ténia , qui se nourrit de sa plus pure substance. On se ressent encore de mille manières du mal que fit une loi d'Elisabeth, relativement aux apprentissages. On aurait pu l'intituler : Loi pour empêcher le perfectionnement de la main' d*œuvre. On en peut dite autant de cent aulres lois pour le règlement des manufactures. L'ouvrage d'Adam Smith , Sur la richesse des nations, est un traité dont tout l'objet peut se rendre parceUe expression abrégée : Détruire les illusions qui ont fait prendre les obstacles pour les causes.