‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 509 sur 547 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

PREMlkRE CAUSE DES SOPHISMES. — INTÉRÊT SÉDUCTEUR RECONNU POUR TEL PAR CELUI QUI S*! LIVRE.

Un homme public est continuellement soumis à J'influence de deux intérêts distincts, Tintérêt général et l'intérêt privé.

L'intérêt général est constitué par sa participalion au bonheur de la communauté entière : l'intérêt privé , par la part qu'il*a dans les avantages d'une fraction de la communauté. Cet intérêt priié peut aller en se resserrant jusqu'à n'être que son intérêt personnel. ^

Or, d«D8 un grand nombre dé^cas , ces deux in- ^rèts ne sont pas seulement distincts, ils sont entièrement opposés ; au point que le même individu ne peut s*ètlacher à la poursuite dei'w" ^"'«i 'aiwnt le sacrifice de l'autre.

Prenez pour exemple rintérètpécuniaire.L'homme public qui a entre ses mains la disposition du revenu de l'État trouverait son intérêt personnel à augmenter, autant que possible, le produit des- iqipôts , et à le tourner à son avantage : l'intérêt général , au contraire , y compris le sien autant qu'il est uni à celui de la communauté , demande que les impôts soient réduits à leur moindre terme , et que leur administrateur n'en puisse pas détourner la plus faible partie à son avantage personnel.

Prenez pour autre exemple le pou von*. L'homme public , en tant que prince , ministre ou magistrat , trouverait son intérêt privé et personnel , à l'extension de sa puissance, aux dépens de la liberté publique, jusqu'au point où toute résistance â son autorité serait impossible. L'intérêt général^ au contraire, y compris celui des gouvernants euxmêmes, en tant qu'il est uni à celui de la communauté , est de limiter le pouvoir le plus qu'il est possible , sans nuire à son efficacité pour faire le bien , c'est-à-dire de réduire à son moindre terme le sacrifice de la liberté individuelle.

A considérer, i)on un certain moment de la vie d'un individu , mais sa totalité , on peut affirmer qu'il n'est point d'homme qui , autant que la chose dépend de lui, ne sacrifie la part qu'il a dans l'intérêt général à son intérêt privé ou personnel. Tout ce que peut l'homme vertueux, l'homme attaché sincèrement au bien public^^ c'est de s'arranger de manière que son intérêt personnel soit d'accord avec l'inléi^t général , ou du moins aussi peu contraire que possible.

Si c'est là un vr&i sujet de plainte et de regret, si cet ascendant de l'intérêt privé sur l'intérêt public est un mal , il n'en eft pas moins ifn^oftant de le connaître , puisqu'il existe , et que les lamentations des moralistes ne changent point 4a nafure des choses. Il importe surtout au législateur d» ne |0s se tromper sur la distiosition naturelle du cœur humain , de pregdre ses mesures suj* ce qui e^^ , €t de calculer la résistance qu'il doit vajncre.

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