CHAPITRE V
USAGE DES SOPHISMES POUE CEUX QUI LES EMPLOKL'fT CEUX QUI LES REÇOIVENT.
Après avoir considéré ces sophismes réduits à l'expression la plus simple , dépouillés de tous les ornements de l'éloquence et séparés des circonstances dans lesquelles on les fait valoir, le lecteur, qui n'aura vu dans les uns qu'un amas de contradictions, et dans les autres qu'une apparence de raison qui s'évanouit au premier examen, aura peutêtre quelque peine à concevoir quel est leur usage, quel est le parti qu'on peut en tirer.
Se peut-il que les politiques qui les emploient n'en aient pas reconnu l'absurdité ? Se peut-il que ceux qui les reçoivent n*en aient pas senti le néant?
Non. Cette supposition est trop invraisemblable pour être admise. Il y a presque toujours feinte des deux parts. Tout cet appareil de fausses raisons, faussement données , faussement reçues, ne se soutient que par une convenance réciproque entre des hommes <(ui veulent s'entendre et se ménager. Leur jeu est de se protéger les uns les autres contre J'imputation de n'agir que pour leur intérêt propre, sans aucun égard pour le bien public. Cest un voile spécieux sous lequel on se cache. On prétend aroir des opinions qu*on n'a pas. On prétend agir de bonne foi en conséquence de ces opinions* Oo est toujours sûr d'échapper à la conviction du contraire : car , à moins de lire au fond des cœurs et d'avoir une exacte mesure de l'intelligence d'un homme, peut-on affirmer que l'opinion qu'il professe , tout absurde qu'elle est, ne soit pas la sieoae?
Il y a des cas où le silence, ie silence absolu, serait trop suspect. Ce serait avouer qu'une mesure est injustifiable , t)u'on est réduit à esquiver le combat. Il est de toute nécessité d'obvier à un soupçon qui nuirait au crédit de tout le parti, en fournissant contre lui une présomption à la portée de tout le monde.
Un parti a toujours une réputation à ménager. Ceux qui jouent le premier rôle ne peuvent conserver leur ascemiant qu'autant qu*ils sont prêts à soutenir l'attaque etla défense. Il leur importe donc d'avoir des arguments plausibles, lorsque le sujet n'en fournit pas de bons , p#ir donner une couleur à toutes les mesures, et fussent-ils sûrs d'entraîner par leur autorité, ils doivent cacher cette force réelle et ne prétendre qu'à un succès de raison.
Ceux qui jouent le second rôle , ne fussent-ils détermroés dans . le fait que par la volonté du