CHAPITRE IV
OtJATRifeME CAUSE DES SOPHISITES. — DÉFENSE DE SOI-MÊME, ou UTILITÉ SUPPOSÉE.
On peut être réduit à employer sophismes contre sophismes , à se sertir pour sa défense des arguments ad hominem ou adpopulum; et si cela est permis pour soi, à plus forte raison le sera-t-il pour le bien public, u Telle est la nature de Thomme , M dira-i-on, que ces arguments fallacieux sont «( peut-être ceux qui produiront sur Fesprit public «c Timpression la plus salutaire. Toute erreur est (c nuisible en général et dans une longue durée : « mais si une erreur tout établie peut contribuer « au salut public, il ne faut pas hésiter à s*en servir. M La mesure que nous combattons est pernicieuse. « Ce serait imbécillité et même crime dexiotre part u que de ne pas tenter, pour la faire échouer, ^es •c moyens qui, sans être absolument innocents , ne M sont pas criminels par eux-mêmes. Il y a long- « teinps- qu'on a donné au sage le conseil de ré- « pondre au fou selon sa folie. >»
Il faut a?ouer que cette apologie serait admissible si ces arguments sophistiques , ces appels aux préjugés et aux erreurs , étaient employés simplement comme auxiliaires ; s*i1s étaient introduits à la suiie et non à la place des argumenis légitimes*
Mais, dans ce cas même , la sincérité requiert ces deux conditions : 1* que les arguments directs et pertinents soient placés en première ligne, et qu'on déclare d'avance que c'est par leur seul mérite qu'on voudrait décider du sort de la cause; 2» qu'en présentant ces faux arguments, on ne dissimule point leur faiblesse intrinsèque, et qu'on donne à entendre qu'on ne s'en sert qu'à regret.
Si ces deux conditions ne sont point remplies, l'emploi des sophismes , même en faveur d'une bonne cause , est une forte présomption d'improbité on d'ineptie : ineptie, si celui qui s*en sert n'en Toit pas la faiblesse; improbilé, si, connaissant leur tendance nuisible , il cherche à les accréditer de tout son |K>uvoir.