‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 528 sur 547 · ARTICLE V · texte numérisé non relu

ARTICLE V

La loi n^a le droit de défendre que les actions nuisibles à la soofété. Tout ce qui n'est pas défendu par la loi ne peut être empêché; et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas.

OBSERVATIONS

1<» Ce n'est plus la loi ne peut pas, mais Ja loi n'a pas le droit. Plusd'ambiguYlé, plus de masque. Maxime d'insurrection , pHncipe universel d'anarchie. Prenez une action quelle qu'elle soit : si la loi n'a pas le droit de la défendre, la loi qui la défend est nuJIe; le magistrat qui veut l'exécuter, est un oppresseur; la résistance est un devoir, et la soumission un crime envers la patrie.

^ Peu de temps après que cette révélalion des droits de Phoiftme eut été sanctionnée, les éc«Uers d'un des grands collèges de France ( celui de la Flèche, si je ne me HtNDpe) furent assez bons logiciens poury trouver tous les principes do riad^pendance. Armés de ce manifeste , H forts de cet article qn*ils avalent inscrilsuplcur bannière,' Us refusèrent

Dire que la loi ne <f^9ra// défendre que les actions nuisibles à la société, c'était poser une maxime vraie et raisonnable. Une législation conforme en tout à cette maxime , serait arrivée à sa perfection. Mais cette perfection est-elle possible? Est-elle dans la nature humaine? Nous pouvons nous en approcher de plus près, mais pouvons nous y parvenir? Faut-il méconnaître tous lesgouvernements?Fautil les attaquer dans le principe vital? Faut-il ôter aux lois leur autorité parce qu'il y reste des imperfections?

2» Tout ce qui n'est pas défendu par la loi ne peut être empêché. Nul ne peut être contraint à faire ce que la loi n'ordonne pas. Même équivoque déjà observée , ne peut, au lieu de ne doit. Devra est le langage du législateur, peut est le langage du fait. Ainsi le législateur aurait dû dire : « Tout ce qui n'est pas défendu par la loi ne devra pas être empêché, et nul ne devra être contraint, etc. » Substituez le moi peut, vous dites ce qui est, et non ce qui doit être. Si je consulte un homme de loi, il me répond , on ne peut pas vous empêcher, on ne peut pas vous contraindre, c'est-à-dire la loi ne donne aucune autorité à qui que ce soit de TOUS empêcher, de tous contraindre.

D'ailleurs cet article est trop vague. Il y manque une explication nécessaire. Pris dans son sens littéral, il anéantirait toute autorité particulière, pouvoir domestique , pouvoir de police , pouvoir militaire. Si je dis à mon fils : Ne montez pas ce cheval que vous n'avez pas la force de manier ; si je dis à ma fille : Ne lisez point ce livre qui est dangereux pour vous , ils peuvent me défier de leur montrer une loi qui défende de monter un cheval fougueux ou de lire un livre indécent. Ce n'est pas aux lois seulement qu'il faut obéir, mais encore aux différentes autorités créées par la loi. On peut dire, il est vrai, que cela est compris virtuellement dans l'article, mais en matière d'obéissance et de devoir, on ne saurait être trop explicite *.

Ajoutez à l'article : « Nul ne peut être contraint u à faire ce que la loi n'ordonne pas , bien entendu <( qu'il faut rendre obéissance à toutes les autoriipil « qui seront créées par la loi , comme si c'était la « loi même qui pariât en leur nom , h il n'y a plus de danger, mais je ne sais plus quel droit vous m'avez donné jusqu'à «ce que je sache quelles sont les autorités qu^a loi peut créer. Nuisible ou frivole, c'est toujours l'alternatif^ celte déclaration.

Tobéissaoce à leurs préfets , et procédèrent à une insurrection en règle, |K>ur maintenir leurs droits imprescriptibles ei inaliénables. Cette scène de collège u'était |A^*un prélude de cet anéantissement de toutes les autoritésetde cet esprit d^nsubordination qui a couvert la France d*UD déluge de sang et de boue.

SOPHISHES ANARCHIQUES.

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