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Œuvres de Jérémie Bentham

Lorsque je publiai, à Paris, en iSOâ, les Traités de législcUion civile et pénale, en trois volumes, j*annonçai divers écrits du même genre, que j*ayais rédigés de la même manière, d*après les manuscrits de H. Bentham , mais qui n'étaient pas encore en état de paraître.

Le succès m'encourageait à continuer. Trois mille exemplaires se sont écoulés plus rapidement que je n'aurais osé Tespérer pour un premier ouvrage d'un auteur étranger et très-peu connu sur le continent. J'ai même lieu de penser que, tout récent qu'il est, il n'a pas été sans influence, puisqu'il a été fréquemment cité dans plusieurs compositions oflieielles sur des codes criminels ou civils.

Mais les circonstances actuelles , qui ne me permettent pas de iaire entrer ces nouveaux volumes dans la même circulation que les précédents, ont quelquefois ralenti mon zèle, et j'aurais volontiers résigné la tâche que je m'étais imposée, si l'auteur eût voulu s'en charger lui-même. Malheureusen^ent, il y est aussi peu disposé quejamais : et si ces ouvrages ne paraissaient pas dans le costume français que je leur ai donné, il est plus que probable qu'ils resteraient enfouis dans son cabinet.

Ils l'ont été plus de trente ans. Les manuscrits dont j'ai extrait la Théorie des peines sont de l'année 1775. Ceux qui m'ont fourni la Théorie des récompenses sont un peu postérieurs. Ils furent mis, non au rebut, mais i l'écart, comme de$ pierres (ftitlente, pour entrp un jour dans le système général de législation, ou comme des études que l'auteur avait faites pour lai-même.

Ces manuscrits, quoique beaucoup plus volumineux que l'ouvrage que je donne au^public, étaient fort incomplets. Us m'offraient souvent, sur le même sujet, différents essais dont il fallait prendre la substance pour les réunir en un seul. Je n'avais, pour me diriger dans quelques chapitres , que des notes marginales. Pour le quatrième livre de la Théorie des peines, j*ai été réduit à rassembler et me(tre en œuvre des fragments. La discussion sur la peine de mort n'était point finie. L'auteur a eu un moment l'intéhtion de la traiter à neuf, mais cette intention n'a pas eu d'effet. 11 n'y avait rien sur la déportation, rien sur les mcUsons de pénitence; Tidée du panoptique était encore dans les espaces imagînaires. J'ai trouvé le fond de ces deux chapitres importants dans un ouvrage publié par M. Bentham il y a huit ou neuf ans *. J'en ai pris tout ce qui convenait à ma manière générale d'envisager le sujet, en le dégageant de toute controverse.

On ne s'étonnera pas, après ces explications, si l'on trouve souvent des faits ou des allusions qui ne s'accordent point avec la date originaire de ces manuscrits. J'ai usé librement des droits d'éditeur. Selon la nature du texte et l'ocpasion, je traduis ou je commente, j'abrège ou je supplée; mais s'il est besoin de le répéter, après ce que j'ai dit dans le Discours préliminaire des Traités de législation civile et pénale, cette coopération de ma part, n'ayant pour objet que des. détails , ne doit pas trop diminuer la confiance des lecteurs. Ce n'est point mon

* Letlers lo lord Pelha/nfC^., elc, etc.

PRÉFACE

ouvragoque je leur présente, c*est, aussi fidèlemcttt que la nature de la chose le permet, celqj de M. Bentham. *

Ces additions, ces changements, mVt-on dit, auraient dû porter quelque marque dlstinctive: mais ce genre de fidélité, quoique désirable , était impossible. Il ne faut qu*imaginer ce qu'est un travail jsur un pi^foier jet, sur des manuscrits non achevés, non revus, quelquefois sur des fragments ou de simples notes, pour comprendre qu'il extge une liberté continuelle, une espèce d'infusion vnperceptible, si je puis parler ainsi, dont il n'est pas même possible au rédacteur de se souvenir.

Mais qu'importe : on peut juger que l'auteur n'a pas trouvé ses idées défigurées ou falsifiées, puisqu'il a continué à me confier ses papiers.

Cependant je dois déclarer qu'il a refusé toute c<finmunication de mon travail, et qu'en aucune manière il ne veut en être responsable. Comme il n'a jamais été satisfait d'une première composition, et^'il n'a rien publié qui n^eùt été écrit deux fois tout au moins, il a prévu que la révision d'un essai d'une date si ancienne le mènerait loin et serait incompatible ^vec ses occupations actuelles. C'est ainsi qo'il a justifié son refus ; mais il m'autorise à ajouter que les changements n'auraient porté <^e sur la forme, car sur le fond ses sentiments n'ont-poin t varié : au contraire, le temps et les réflexions n'ont fait que l^r donner de nouvelles forcée.

Que M. Bentham , trop diflicile sur ses productions, ne crût pas celle-ci digne des regards pubKcs, c'est ce qui n'étonnera point ceux qui savent touf ce qu'il exige de lui-même, et les iâiées qu'il se fonne d'un ouvrage achevé.

Un livre parfait serait cehii qui rendrait inutiles tous ceux qui ont été faits sur la même matière, et tous ceux qui pourraient venir après. Par npport à cette seconde condition , on ne saurait décider qu'eUe est remplie, à moins de prétendre mesurer les forces de l'esprit humain : par rapport à la première, on en peut mieux juger par une comparaison avec les ouvrages qui ont précédé.

Cette comparaison est précisément ce qui m'a soutenu contre une juste défiance, après que l'auteur m'eut refusé tout secours, et m'eut témoigné ses doutescsur le mérite de son tra-

vail. Je me suis mis à relire et à considérer les écrits les plus renommés sur cette matière, et même ceux qui ont eu moins d'éclat; et après cela je n'ai plus hésité.

J'ai été tenté un moment de rassembler tout ce qui est disséminé dans VEspril des lois sur le sujet des peines et des récompenses. Ce recueil eût été de dix ou douze pages. On aurait pu juger, par ce rapprochement, si elle est bien fondée cette expression de d'Alembert , si souvent répétée en France, que Montesquieu a (oui dit, qu'il a tout abrégé, parce qu'il a tout vu. Au milieu de plusieurs pensées ou trop vagues ou trop peu exactes, et dont quelques-unes sont erronées, il y en a certainement de judicieuses et de profondes, comme dans tout ce que nous avons de cet illustre écrivain ; mais qu'il y a loin de là à une théorie des peines! Au reste, ce n'était point son objet principal; et rien ne serait plus injuste que de le critiquer pour n'avoir pas fait ce qu'il n'a pas eu intention de faire.

Beccaria fit plus. Il fut le premier à examiner l'efficacité des peines , d'après leurs effets sur le cœur humain; à calculer la force des motifs qui poussent l'individu au crime , et celle des contre-motifs que la loi doit leur opposer. Ce genre de mérite analytique fut moins toutefois la cause de son grand succès que le courage avec lequel il attaquait des erreurs accréditées, et cette éloquence d'humanité qui répand un vif intérêt sur tout son ouvrage. Mais après cela , je ne crains pas de dire qu'il est dépourvu de méthode, qu'il n'est point conduit par un principe général , qu'il ne fait qu'effleurer les questions 1^ plus importantes, et qu'il évite avec soin les discussions de pratique, où l'on aurait trop vu qu'il était étranger à la science |R>sitive de la jurisprudence. Il annonce deux objets distincts : les délits, les peines; il y ajoute occasionnellement l^ procédure, — et ces trois vastes carrières lui fourtijssent diflicilement la matière d'un petit volume.'

Après Montesquicip, après Beccaffa, on peut laisser en paix une bibliothèque d'écrits plus ou «oins estimables , dais qui Vont pas un grand caractère d'originalité : non qu'on ne trouve dans plusieurs des vues saines et judicieuses, des faits intéressants, de très-bonnes

PRÉFACE

critiques sur des lois dont la plupart n^existent plus, et qu*ils ont contribué 3i faire disparaître. Je De yeux point entrer ici dans ce détail de critique ou d*éloge : il me suffît d*observer que» comme théorie des peines, il n*en est aucun qui atteigne le but et qui puisse servir de guide génér^QHfc.., ■ taf^ wlÊÊÊD bt::pe{nes n*était qu^esquipfe j'ai publiés. Ce n*était', Ecriminelles, que la carte |ont on présente ici la

iter les renvois, et pour Bige^i complet en lui-même, firf laiprunCS^dû'y9§cédent qiiflqves chapitres nécessaires , mais en leur donnant une nouvelle forme, et éivy faisant des additions considérables.

Maintenant, au risque d'inspirer aux lecteurs un préjugé peu favorable à l'ouvrage, j'avouerai que son objet, qi^elqué^ important qu'il soit par ses conséquences, n'est rien moins qu'attrayant panka nature. Je l'ai trop

senti durant mon travail, et je ne l'ai pas achevé sans avoir eu souvent à me vaincre moi-même.

Il faut donc que Tintérêt^ philosophique leur suffise seul. Des descriptioM di peines, des examens de peines qui se succèdent, sans relâche» dans un ordre didactique, ne se prêtent pas à la variété du style, et n'offrent point de tableaux sur lesquels l'imagination puisse se reposer avec plaisir..

Fellcet dlianl hύ ornamenta libeUot; Non est convenient luctibut iUe <:olor.

Heureusement le sujet des récompenses, par sa nouveauté, et par les idées de vertus, de talents, de services qu'il fait passer en revue, con- 4i|ifSi les lecteurs par des routes plus agréables. On ouvre ici, pour ainsi dire, le Tartare et VÉlysée de la législation; mais on n'entre dans ce Tartare que pour en adoucir les tourments, et l'on se gardera bien de graver sur le seuil l'inscription terrible du poëte :

Lasclale speranza, voi ch* entrate.

BB«TH%a. — Toae it.

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